Myanmar - Kalaw

2h du matin et le bus nous balance au bord de la route au milieu de nulle part. Ah non, au milieu de Kalaw. Cette fois, pas de cavalcade nocturne. Nous trouvons une auberge à 20 mètres de là. La porte s'ouvre quand on toque et il y a de la place. Banco.

Après avoir terminé notre nuit dans de bons lits, nous nous baladons dans la ville. D'abord, réserver le trek pour le lendemain. Ensuite, profiter de la journée pour avoir un avant-goût des environs. Nous traversons le marché, sortons de la ville vers un temple qui abrite un "bamboo buddha". Rien d'exceptionnel, nous passons... et tombons sur une terrain de jeux.

Là, on dirait que toute la jeunesse du coin s'est donné rendez-vous. Un match de foot, un poteau d'escalade en bambou, des gens qui pique-niquent. De la bonne humeur en pagaille.

Nous continuons la balade à travers un champ, retrouvons une piste qui serpente dans les montagnes. Deux heures de marche sur le chemin poussiéreux et au bout, la récompense avec un superbe point de vue sur une vallée, bien installés sur les bancs d'une paillote bien tranquille. La femme qui tient la boutique est surprise de nous voir arriver à cette heure, "no guide" me demande-t-elle. C'est moi qui fait le guide !

La redescente est plus rapide. Il ne reste plus qu'à enlever un maximum de poussière des chaussures. Nous goûtons à la nourriture népalaise dans un restaurant de la ville malgré une coupure de courant, la cuisine continue !

Myanmar - Bagan

Aujourd'hui, c'est vélo. Un des points forts du séjour, un lieu qui a pesé dans mon choix du Myanmar : la plaine de Bagan. "L'un des plus beaux spectacle au monde" si l'on se fie aux récits de Marco Polo. Pendant 230 ans, les rois de Bagan ont fait construire plus de 4000 temples dans une frénésie religieuse sans commune mesure. En 1287, une invasion mongole met fin à cette folie créatrice.

Depuis, pillages, érosion et séismes n'ont pas arrangé les temples. Les restaurations n'ont pas toujours respecté leur architecture initiale non plus. Il n'en reste pas moins un des sites les plus incroyables que l'homme n'ai jamais créé.

Pour apprécier l'endroit, rien de mieux que flâner à pied ou à vélo entre ces vieilles pierres. Une nouvelle mode semble aussi se développer : la location de petits scooters électriques. A vélo, c'est tout de même mieux, même si c'est plus difficile sur les pistes ensablées ! Mais c'est encore plus difficile lorsque l'une des pédales se fait la malle comme cela arrive sur celui de Sophie ! Heureusement que l'on trouve des gars sympas qui veulent bien nous filer un boulon. Deux fois dans la journée.

Le site est vaste. Et pourtant, en haut des temples, je tombe dans la même journée en face de deux gars différents avec qui j'ai discuté un peu plus tôt dans mon voyage. Un belge croisé avant le trek à Hsipaw et un perpignanais tourdumondiste croisé en attendant mon bus pour repartir de Hsipaw. Le Myanmar est
petit. Par la taille, pas par l'esprit !

Bagan est aussi réputé pour ses levers/couchers de soleil du haut d'un temple. Le coucher du jour étant une nouvelle fois trop nuageux, nous nous levons tôt le second jour. Cela vaut le coup d'aller pédaler quelques kilomètres, de grimper les marches abruptes au petit jour et de supporter le boucan des touristes chinois pour voir les rayons du soleil raser les briques millénaires et suivre des yeux l'envol des montgolfières survolant la plaine.

Nous nous baladons de nouveau autour des temples. L'après-midi, nous passons dans un marché et c'est l'occasion de comprendre le mystère du thanaka : la crème est tirée de l'écorce d'un arbre, le thanaka, frottée contre une pierre avec un peu d'eau. Les femmes s'en badigeonnent les joues à la fois comme produit de beauté et maquillage. Pour le plus grand bonheur de ces demoiselles !

Myanmar - On se la coule douce

Nous partons tôt pour embarquer sur notre bateau direction Bagan. Nous embarquons avec des hordes de touristes. Sur la berge, ce sont des hordes de moustiques qui nous guettent.

Nous voguons déjà sur les flots quand nos réalisons qu'il est 8h, nous avons oublié de nous souhaiter la bonne année ! Voilà chose faite.

Le bateau slalome entre les bancs de sable. La journée se passe gentiment entre sieste, lecture et admiration du paysage. Des péniches remontent le fleuve à contre-courant. Les moteurs crachent.

Nous arrivons à Bagan vers 17h, avec plus de 2 heures de retard. Il fait déjà nuit. Il nous faut payer un droit d'entrée à l'arrivée à l'embarcadère : 20 dollars. "Expensive" comme s'exclame un vieux ricain mécontent. En effet, le prix a augmenté ce même jour, 1er janvier. Hier, c'était 15 dollars...

Myanmar - Deuxième phase du voyage

Nous restons une journée supplémentaire à Mandalay et en profitons pour louer des scooters. Benoit et moi aux commandes, les filles à l'arrière. Les premiers tours d'accélérateur sont un peu sportifs, pour passer les vitesses et savoir s'imposer dans le trafic. Et je dois avouer que j'accuse un peu le coup physiquement après mon épopée pédestre et matinale de la veille.

Mais nous prenons nos marques. Nous nous rendons à Sagaing, de l'autre côté de l'Ayeyarwady, pour grimper la colline où se trouvent une multitude de petite pagode. 6000 bonzes et nonnes y résident aujourd'hui.

Nous retraversons le fleuve et empruntons l'autoroute. Celle-ci est vide, pas grand monde à part une charrette ou deux. Nous visitons Inwa, qui fût capitale pendant 400 ans. Du faste de l'époque il ne reste qu'une flopée de vestiges, remparts et pagodes. Nos scooters souffrent sur les chemins défoncés. Nous en faisons rapidement le tour, plus rapide que pour les touristes qui choisissent le tour en calèche. A noter, cette épatante tour de guet... qu'il n'est plus possible d'escalader, celle-ci jouant les tours de Pise, différents tremblements de terre mettant à mal son assise. A son pied, des birmanes veulent nous vendre des babioles. Elles ont l'habitude des touristes, notamment français car elles déclarent dans la langue de Molière : "c'est pas cher", "je l'ai fais moi-même"...

Sur le retour, nous repassons par le lac Amarapura, une nouvelle tentative pour admirer le coucher de soleil... Pas de bol, le ciel est encore couvert.

Le soir, c'est dans un restaurant thaï que nous passons le réveillon. On sent l'effervescence des jeunes dans la ville. Par contre à minuit, nous dormons déjà, fatigués. On se souhaitera bonne année à 6h30 demain, il sera minuit en France.

Myanmar - Retrouvailles

6h de bus, ce n'est malheureusement pas assez long pour faire une nuit complète. 2h30, j'arrive à la gare routière de Mandalay. J'ai dû dormir 4h à peu près. J'ai le choix entre trouver une auberge pour terminer la nuit ou me balader. Je veux profiter une dernière fois de ma totale liberté avant de rejoindre Benoit, Sophie et Cindy qui doivent arriver dans la matinée de Yangon, alors je choisis la balade.

Sac sur le dos, les chauffeurs de taxi assistent incrédules à mon départ à pied. Il n'y a pas un chat dans les rues... mais pas mal de chiens ! Et la plupart ont l'air assez surpris de me voir passer. Et ils me le font savoir. Ils m'aboient dessus, me suivent et grognent à mon passage. Pas très rassurant. Certains sont des loups solitaires, d'autres en meute. L'une d'elles me suit sur une centaine de mètres. Je dois être plus menaçant que les chiens pour qu'ils daignent me laisser tranquille.

J'arrive enfin aux remparts bercé par les prières bouddhistes diffusées par des hauts-parleurs dans la ville. Je vise la colline de Mandalay pour admirer une nouvelle fois le lever de soleil. Un des escaliers qui y mène est encore fermé et surtout, un nouveau chien me barre la route, les crocs de sortie. Pas très fier, je m'éloigne. Je croise la route d'un petit papy, un des rares à être déjà debout dans le coin. Il me demande où je veux aller. Je réponds "up", en pointant le sommet de la colline du doigt. "Please follow me" me dit-il. Je le suis.

La route zigzague jusqu'au sommet. Nous échangeons quelques mots. Il m'explique qu'il fait le trajet tous les matins depuis 15 ans ! Cela fait de l'exercice. Il se met à marcher à reculons. Je l'imite et cela le fait sourire. Il m'amène à un belvédère, un bon spot pour le lever de soleil me dit-il. Cool. Il me demande si je veux aller voir le monastère tout en haut. Oui : "please follow me". Je le suis encore même quand il pique un sprint dans les quelques marches pour revenir sur la route depuis le belvédère. Avec mon gros sac sur le dos, mes 4h de sommeil et ma dizaine de km dans les jambes, je fatigue un peu. Il me propose gentiment de porter mon petit sac mais j'ai mon orgueil, alors je refuse poliment !

Il me guide jusqu'à l'entrée du monastère. Celui-ci est normalement fermé, il n'est pas encore 5h du matin. Le portail est entrouvert, nous nous glissons à l'intérieur. Je le suis à travers un dédale de salles, de couloirs et de statues de bouddhas. Enfin, nous voilà au sommet : pleins de dorures et un moine posté à un micro, c'est lui qui prie dans les hauts-parleurs depuis des heures !

Mon sauveur me laisse là. Il redescend en ville alors que d'autres birmans montent à leur tour pour leur exercice matinal également. Je vais me poster à mon belvédère. Je fais des photos pendant que des birmans font des abdos à côté. Le ciel est un peu nuageux mais cela n'arrête pas le soleil.

Je redescends enfin, il serait bien que je sois à l'auberge quand les amis arrivent. Encore quelques kilomètres à pattes et j'arrive... après eux. Leurs sacs sont déjà là. Je laisse le mien aussi. La chambre n'est pas encore libre alors je repars à pied même si mes 18 kilomètres matinaux m'ont harassé ! Je vais voir les ateliers des artisans de feuilles d'or.

Je retrouve enfin la fine équipe vers midi. Et la chambre est enfin prête. Ils ont fait bon voyage. Nous déjeunons à un buffet shan avant de louer un pick-up pour aller voir les ateliers de soie et le pont U Bein. Moins poussiéreux qu'à vélo ! En revanche, le ciel est couvert et le spectacle du coucher de soleil en pâti. Je suis bien content d'être déjà venu quelques jours plus tôt !

Myanmar - Lever de soleil

Le feu, à 50 cm de mes pieds pendant la nuit, m'a bien réchauffé. Je me lève aux aurores. C'est l'avantage quand on se couche tôt ! J'en profite pour aller guetter l'apparition du disque solaire.

Des nuances de roses s'échappent sur ma droite. Le ciel s'éclaire peu à peu. Nuages et montagnes se confondent au loin. Tout n'est encore que ombres chinoises à l'horizon qui soudain prend vie, ou plutôt prend feu. Je crois voir un volcan d'où la lave sort patiemment. Une coulée fend le flanc de la montagne... qui est en fait un amoncellement de nuages. Tout s'embrase. La montagne se consume et le responsable émerge enfin. Quelques minutes et je le vois déjà en entier. Les derniers remparts de vapeur d'eau sont effacés dans une explosion de couleurs.

Les yeux encore brillants de ce spectacle, je rejoins mes camarades pour le petit déjeuner. J'en profite pour demander à James pourquoi certaines femmes du village ont les cheveux rasés. Il ne sait pas mais pose la question à notre hôte. Autrefois, des soldats de l'armée birmane kidnappaient les plus belles femmes pour en faire leur épouse. Se raser la tête était un moyen de cacher leur beauté... c'est pourquoi les femmes les plus âgées continuent la boule à Z.

Nous commençons la journée en passant devant une école. Encore des enfants souriants et pleins de vie. La classe commence, ils laissent leurs souliers à leur place dehors. Chaque enfant à son nom au mur pour ne pas se tromper de place !

Nous terminons notre trek en redescendant vers Hsipaw. Un dernier repas (où j'ai toujours le droit à double ration) et un pick-up nous attend pour nous emmener à une dernière étape : un bain dans une source d'eau chaude. Cela fait plaisir de se baigner mais l'eau n'est pas des plus limpides.

Notre petit groupe se sépare. J'arpente les rues de Hsipaw en attendant mon bus pour Mandalay, comme ci je n'avais pas encore assez marché !

Myanmar - Entre deux villages Palaung

J'ouvre un œil vers 6h du matin. Les animaux chantent déjà dans tout le village. A 6h15, ce sont les moins qui s'y mettent. Le père de famille vient peu après faire une prière devant un petit hôtel aménagé pour Bouddha. Nous avons le droit à un copieux petit déjeuner avant de démarrer notre marche.

James nous fait découvrir pleins de choses, un citronnier, un arbuste à thé, des arbres immenses, des feuilles de thé qui sèchent au soleil. Nous faisons une halte au bord d'une petite cascade. Luca boit plusieurs lampées. Il me dit qu'il est habitué à boire de l'eau un peu partout. Il a suffisamment voyagé en Asie pour savoir ce qu'il fait. Il est surpris : l'eau a un goût de citron ! Intrigué, j'en avale prudemment quelques gouttes au creux de ma main, préalablement nettoyée. Je ne sens pas de citron... après quelques secondes de réflexion, je me dis que c'est par sa main et la feuille de citronnier qu'elle a tenu qu'il sent ce goût !

Nous continuons notre marche. Encore d'agréables paysages et des visages très photogéniques, comme cette grand-mère, tranquillement assise au bord de la route avec une amie et fumant son cigare avec plaisir !

Les repas sont toujours aussi excellent. Par contre, Luca n'a pas très faim. Son ventre commence à le tirailler... conséquence de son imprudence du matin. Boire de l'eau dans la rivière, qui plus est dans sa main qui n'était pas propre. Le point positif, c'est que du coup, je peux manger sa part. Je mange comme un roi.

Chez nos hôtes du jour, j'essaye le fameux bétel. Je cale la préparation pâte + feuille sous ma molaire. En mastiquant la chose, des litres de salive m'emplissent la bouche. Je comprends pourquoi les amateurs de bétel crachent sans arrêt. Le goût, sans être désagréable, n'a rien de transcendant. Je dois plusieurs fois évacuer le surplus de salive .L'intérieur de ma bouche est complètement rouge. Au moins, j'aurais essayé !

Dans le village, toujours des enfants. Ils jouent avec de petites roues qu'ils font rouler en courant. J'essaye également mais n'y arrive pas ! Pendant ce temps, les femmes vont chercher de l'eau au puits en haut du village. Il y a quelques panneaux solaires mais toujours pas d'eau courante.

Je jette un coup d’œil au ciel étoilé avant de m'assoupir.