Le retour du Congo s'est déroulé sans problème, mais je ne peux pas terminer ce récit sans informer sur les suites du voyage d'Adrien, qui malheureusement ne s'est pas effectué dans de si bonnes conditions.
Il a donc été rapatrié en France et a séjourné à l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris, réputé en ophtalmologie. Après plusieurs tests et admissions d'antibiotiques dont je vous passe les détails, il n'a pas subi de greffe, mais la cornée reste endommagée par la cicatrice laissée par l'abcès dû à l'infection bactérienne. La vision est affectée mais le bonhomme est vaillant et résiste : il est reparti en Sierra Leone pour une autre année d'expatriation !
Sinon, le Congo a fait parler de lui à peine une semaine après notre retour : l'arrestation de Marcel Tsourou, un ancien haut placé de l'armée congolaise, ne s'est pas fait dans la douceur. Des combats autour de sa résidence située au cœur de Brazzaville ont fait au moins une quarantaine de morts. Officiellement, son arrestation fait suite à sa condamnation à 5 ans de travaux forcés au vu de sa responsabilité dans le drame de Mpila : l'explosion d'un dépôt de munition de l'armée avait fait plus de 300 morts en mars 2012. La réalité pourrait être un peu plus complexe, cet ancien appui de Sassou est tombé en disgrâce et a attaqué ouvertement le président dans les médias. Il aurait même été prêt à témoigner dans l'affaire des disparus du Beach pour laquelle Sassou pourrait être directement impliqué... un massacre collectif d'anciens dissidents politiques rapatriés depuis la RDC voisine. Plus d'informations ici.
Les prochaines élections en 2016 pourraient être mouvementées. En attendant, le pays devrait rester dans cette "situation" de stable instabilité...
Congo - Pointe-Noire
On se lève tranquille. Aujourd'hui, nous devons prendre l'avion pour Pointe-Noire.Nous laissons un petit cadeau pour nos hôtes Alex et ses colocs quand ils reviendront, avec un petit mot adapté au moment : "Merci de nous avoir hébergés dans cette "situation" ! A déguster et partager avec tes colocs, si jamais ils reviennent..." A l'aéroport, le chek-in dure une plombe, les congolais sont toujours aussi efficaces. Puis nous pouvons passer les portiques de sécurité. L'agent qui surveille le passage me réclame gentiment des sous : "Aaaah tu vas à Pointe-Noire ! Et tu laisses l'ami affamé ici. Il va manger quoi l'ami ?!". Tu n'as qu'à manger du manioc ! Son collègue, qui a sans doute peur que je ne saisisse pas le sens de la demande est plus direct : "de l'argent !". Je lui réponds aussi sec qu'il n'aura rien et reprends mon sac.
40 minutes après avoir décollé de Brazzaville, nous apercevons la côte. Nous partons de l'aéroport à pied et rejoignons l'hôtel Migitel situé à 5 km, dans l'artère principale de la ville : le boulevard Charles De Gaulle. Le bout du boulevard mène à la plage. Avant, il faut tout de même traverser la voie de chemin de fer Congo-Océan avec sa gare dont le style architectural est inspirée de la gare de Deauville : une bâtisse à colombages... sauf que sur la version congolaise, des arbustes poussent sur le toit. Puis le soleil se couche sur l'Afrique. Le ciel se met dans tous ses états, coloré de toutes les teintes de rouge possible.le lendemain, les Gorges de Diosso sont l'objectif du jour. Il faut commencer par trouver un taxi prêt à nous y emmener.Un chauffeur me demande 10000 CFA, j'arrive finalement à avoir l'aller-retour pour 17000. C'est parti. Les gorges sont situées à quelques encablures au Nord de la ville. Il faut même passer un péage... alors que la route est à peine bitumée. Le chauffeur se plaint de l'état des routes : "Regardez par terre !" Je lui demande si les autorités font quelque chose : "Ah le maire ! Il ne fait rien, et cela fait longtemps qu'il est là. Il n'y a que la rue devant la maison du préfet qui a été goudronnée !". A ce moment, là nous croisons deux énormes 4x4 rutilants. Le taxi nous explique que ce sont les voitures du général Dengué : le criminel de guerre. Il se déplace toujours avec ses 4x4 et une tripotée de gardes armés quand il est de passage à Pointe-Noire.
Arrivé près des Gorges, nous ne sommes pas encore descendus du taxi qu'un ado s'approche : "je peux vous faire visiter les gorges". Le Petit Futé indique que des gamins font faire le tour aux rares touristes en échange de quelques pièces. Nous donnons rendez-vous au taxi à 15h de l'après-midi et demandons à l'ado combien il voudrait pour nous accompagner : "ce que vous voulez". On a pas besoin de lui pour marcher 30 minutes sur un sentier, surtout qu'il ne décoche quasi pas un mot mais bon, on lui filera un billet tout de même. Il se met à pleuvoir et il fait chaud. Le sentier mène jusqu'à l'embouchure d'une rivière. L'eau est rouge, couleur de la terre. Une fois arrivés au bout du sentier, je propose à notre pseudo guide de le payer... à la place il reste assis en face de nous et me réponds que l'on "va régler le problème plus tard". Il ne dis rien pendant presque une demi-heure, puis s'absente et revient tout fier avec une "facture" : un bout de papier ou est écrit 2 * 6000 CFA = 12 000 CFA. Ah la bonne blague. N'aimant pas trop ses manières de faire, on ne lui donne que 2000 CFA. Au départ, on hésitait à lui donner un peu plus, mais comme il se moque de nous... il n'aura rien de plus malgré ses protestations. Nous restons un peu au bord de la mer puis retrouvons notre taxi Alfred qui nous dépose en ville. Heureusement, son taxi roule mieux que les carcasses qui jalonnent le bas-côté. Ce vendredi, nous partons explorer la ville à pied. Après un passage par la plage, nous nous dirigeons vers le port. Nous traversons un quartier de belles demeures, mais les ruelles sont toutes défoncées. Les proprios du coin sont aisés, les gros 4x4 se moquent bien des flaques d'eau alors pourquoi s'embêter à goudronner la route ! Nous longeons ensuite toute la zone industrialo-portuaire. Les camions vont et viennent en crachant d'épaisses fumées noires sur des routes en mauvais état là-aussi.
Toujours à pied, nous continuons vers le Nord et retombons sur la route principale. le but est de rejoindre la côte au nord de la ville. Nous coupons à travers un quartier résidentiel. Plus la côte s'approche et plus le quartier devient bidonville : cabanes, ruelles vaseuses, tas de déchets et odeur de décharge. Nous sommes arrivés au bout d'un plage. Il nous faut traverser un bout de ruisseau dont l'eau est totalement insalubre. Nous déclinons la proposition d'un gamin du coin nous proposant de nous faire traverser en pirogue contre 2000 CFA. Nous avons juste quelques mètres à traverser avec de l'eau jusqu'au genoux.
Plusieurs dizaines de bateaux de pêcheurs sont alignés au bord de la plage, façon débarquement. Certains s'affairent autour de leurs embarcations ou réparent les filets. Une femme nous interpelle, "nihao nihao"... elle nous prend pour des chinois. Une énorme tortue desséchée gît sens dessus dessous sur le sable. Nous ne traînons pas trop non plus, les locaux nous regardent du coin de l’œil. La plage devient plus tranquille. A l'unique paillote du coin, nous buvons une bière fraîche faute de soda.
Nous revenons à pied. Nous aurons fait plus d'un vingtaine de kilomètres en tout. Sur le retour, nous passons devant une sorte d'église évangélique me rappelant ce que l'on peut voir au Brésil. Ma curiosité m'amène à discuter avec l'un des adeptes. L'homme est sympathique et me raconte qu'il fait partie de "la Chapelle des Vainqueurs", une église présente dans 48 pays. Son fiston est tout content de me serrer la main.
Le lendemain, nous partons arpenter le marché de la ville mais la pluie y met du sien. Pas grand chose à voir mais au moins je peux acheter quelques cacahuètes bon marché. L'après-midi, le ciel se dégage quelque peu. Nous décidons de passer nos dernières heures au bord de la piscine d'un des hôtels de mundelés : vue sur la mer et le coucher de soleil en prime. Une dernière N'Gok et nous passons récupérer nos sacs avant de partir pour l'aéroport.Nous y arrivons en avance, notre vol ne part que le lendemain matin de bonne heure. Les quelques employés sont surpris de nous voir là. Certains plus causants que d'autres viennent nous voir. Le gérant de l'agence de change vient nous poser quelques questions puis veut nous donner des conseils : "Vous devriez lancer un business au Congo. Vous pouvez faire beaucoup d'argent !". Quand je lui réponds qu'il vaut mieux que ce soit des congolais qui le fasse, il rétorque : "Non, vous vous pouvez, le blanc est sérieux".
Une fois notre premier bavard parti, c'est au tour du pompier de venir. Il veut d'abord nous taxer une communication téléphonique puis nous questionne sur notre voyage. Il est plutôt sympa mais au bout de 30 minutes, je suis content qu'il s'en aille !
A 2h du matin passées, on commence la file pour le check-in avec le bazar habituel. Un ultime congolais, celui de la sécurité, tente de me soutirer de l'argent pour lui "payer un café". Ils nous fouillent méticuleusement. Nous voilà quand même dans l'avion. Tikala malamo Congo.
Congo - Brazzaville
Nous restons à Brazzaville jusqu'au mercredi. On commence par faire les comptes. Avec tous ces billets de Monopoly, on perd facilement le fil.
Le dimanche, Alex nous emmène aux cataractes, sur le bord de l'impétueux fleuve Congo. C'est le deuxième fleuve au monde par son débit, le premier étant l'Amazone. Les congolais en profitent pour laver voitures et camions sur ses rives. Ils s'y baignent aussi. Alex nous explique que le niveau est très haut en ce moment. En période sèche, quelques mois plus tôt, ils allaient à une plage à pied... maintenant située à quelques centaines de mètres au milieu du fleuve !
Le soir, nous cherchons un restau ouvert. Mami Wata est surchargé. Nous finissons à l'Oriental... restaurant de l'Olympic Palace, dont Sassou est propriétaire... de toute façon, il a la moitié du pays. L'autre doit être à sa famille et ses ministres. Le lendemain, nous passons à l'aéroport pour décaler notre vol vers Pointe-Noire. C'est possible contre 5000 CFA et l'attente pendant laquelle l'employée ventripotente doit trouver la motivation et l'énergie de pianoter 4 mots sur son ordinateur.
Nous passons à côté de l'escalator : sans doute l'unique spécimen dans tout le pays. Certains autochtones ont l'air d'avoir peur de monter dessus.
Nous souhaitons ensuite aller à Linzolo, faire une petite rando près du fleuve Congo, vers le Sud. Aucun taxi ne veut nous y emmener, c'est trop loin paraît-il : une trentaine de kilomètres. Nous partons donc à pied découvrir la ville et arrivons au marché Total. Un encombrements d'étal survit au-dessus de rues complètement boueuses.
A la sortie du marché, je négocie avec un taxi pour Linzolo. Il se plaint qu'il ne trouvera pas de client pour le retour. Pour 8000 CFA, il nous emmène. Le son de la rumba occupe l'habitacle. La route devient piste. La piste devient champ de boue. Notre chauffeur se lance. Heureusement, il n'a pas plu aujourd'hui, donc cela reste globalement praticable. Les 4x4 et Toyota Corolla peuvent lancer l'assaut.
Nous sommes à destination. Le chauffeur me demande :
- Comment vous allez revenir ?
- On va prendre un taxi collectif je pense.
- Huum... il aurait fallu consigner le taxi.
- Cela dépend. C'est combien ?
- 5000 CFA par heure.
- Ok.
- Et la course retour.
- Non non, les 8000 prévoient un retour sur Brazza sans client, donc rien de plus.
- Ok.
Notre chauffeur de taxi, nommé Florian, nous accompagne donc pour notre petite rando ! Je lui pose quelques questions. Il travaille de 9h à 21. Il dit qu'il y a trop de taxis, et pas assez de routes, et trop d'embouteillages. Je demande que fait le président pour remédier à cela... pas de réponse.
Le sentier bordé de termitières est sympa. Il mène jusqu'au fleuve. Nous y restons un peu mais pas trop, la pluie menace. Le ciel est bien gris.Nous sommes revenus à la voiture après deux heures environ. La pluie fait son entrée. La route devient ruisseau. Le ruisseau devient torrent. L'eau se teinte de la couleur rouge de la terre et crée de grandes rigoles sur les bas-côtés. Le passage délicat de l'aller est devenu complètement impraticable. Plusieurs véhicules sont déjà embourbés de l'autre côté. Certains tentent tout de même leur chance : un fourgonnette Toyato Hiace arrive à passer.
Florian hésite longtemps. Il sort la tête par la vitre. La rentre détrempé. Il s'essuie. Regarde à travers le pare-brise inondé de pluie. Finalement, il se souvient peut-être d'un autre chemin. Il prend un mini sentier qui part à travers champs. Il est un peu perdu mais trouve quand même sa route. Nous revenons sur la route principale : l'obstacle est contourné, bien joué. Après quelques embouteillages, nous sommes revenus à l'appart. Je donne 10 000 à Florian, il tente tout de même d'obtenir une course supplémentaire contrairement à ce que l'on a convenu plus tôt. C'est non !
Le mardi, nous allons au marché des arts à pied. En fait, c'est plutôt un marché pour touristes, même s'il y en a peu. Nous nous baladons dans Brazza toute la journée. En fin d'après-midi, nous repassons à l'appart. Nous ne goûterons pas au breuvage en préparation d'Adrien : de la bière de banane a priori. Une petite sieste et quelques séquences de TV chinoise puis nous rejoignons Alex, Benoit et Gauthier à Mami Wata. De l'autre côté du fleuve, "Kin la belle" affiche ses lumières : celles des buildings et celles d'un orage virulent mais agréablement distant !
Congo - "Tous des vedettes, pas de figurants"
Trainer quelques jours à Brazza avec Alex, Benoît, Gauthier et quelques autres expatriés / VIE présents à Brazzaville depuis plusieurs mois (voir quelques années) nous a permis d'avoir un concentré des meilleures anecdotes. Comme le dit le chef français d'Alex : les congolais sont "tous des vedettes, il n'y a pas de figurants". Je vous en liste une partie :
- Les policiers sont tous corrompus. Ils arrêtent les voitures sans raison et demandent de leur "donner le jus". C'est-à-dire un billet qui pourra leur payer une bière à la cahute d'à côté.
- Benoît, qui a une voiture, a déjà été arrêté pour "transport de passager en position dangereuse". Sa passagère arrière avait le coude posé sur le rebord de la vitre !
- Gauthier a quand a lui été arrêté pour "mauvaise présélection des voies".
- Benoît toujours, a été arrêté parce que sa plaque d'immatriculation n'est pas de Brazzaville, mais de Pointe-Noire : amende de 10 000 CFA. Imaginez que toutes les voitures immatriculées en province prennent une amende de 15€ pour rouler dans Paris...
- Un vol a eu lieu dans la coloc d'Adrien : les policiers viennent.
- Un paquet de cigarette traîne sur la table : "je peux le prendre ?" demande l'un deux.
- Le chef se présente comme "commissaire spécialisé dans la poursuite des délinquants en fuite".
- Pour la déposition, le flic passe l'important à la trappe comme savoir ce qui a été volé mais s'attarde sur des détails : "les résidents sont sortis pour voir le match de foot France-Ukraine pour la qualification à la Coupe du Monde..." il a peut-être même inscrit le score...
- Il veut prendre la déposition du deuxième coloc... puis se ravise, il notera simplement : "idem Edouard".
- A l'hôpital de Brazza, 5 ascenseurs tous neufs ont été faits par une entreprise chinoise. Le jour de l'inauguration, ils veulent transporter un brancard... mais celui-ci ne passe pas dans les ascenseurs, qui sont trop petits ! Et personne n'avait eu l'idée de vérifier avant.
- Un forage d'eau potable est inauguré à Pointe-Noire. Toute la presse est conviée. L'élu local ouvre fièrement le robinet... mais l'eau qui sort est terreuse. Au lieu d'attendre, il se force à la boire devant les caméras pour prouver que l'eau est bonne.
- Sassou, en fin tacticien, a nommé son plus farouche opposant à un poste ministériel. Pour veiller à sa sécurité, celui-ci est venu à Brazza avec 300 de ses gardes armés !
- Le journal d'opposition appartient... au président !
- Alex doit gérer une équipe de congolais pour la maintenance à l'aéroport :
- Un jour avec son chef, ils observent un des employés faire le plein d'un véhicule. Il se gare à 10 mètres de la cuve, va chercher une brouette et deux bidons de 25L qu'il remplit et emmène près du véhicule. Une fois le rire passé, Alex va voir le gars et lui demande pourquoi il ne se gare pas à côté tout simplement... "ah oui, pas bête chef !"
- S'il leur donne quelque chose à faire et les laisse une heure, quand il revient le boulot n'est jamais fait. "Ah chef, on a eu une situation"...
- Ses employés font la sieste pendant leurs heures de travail ou vont cueillir des mangues :
- Hey les gars, faut bosser un peu.
- Ah chef, on a cueilli des mangues.
- Vous n'avez pas à cueillir des mangues pendant le boulot !
- Oui mais elles sont bonnes, vous en voulez une, chef ?!
- "Si on appliquait le règlement, ils seraient tous virés en 48h..."
- La sérénité congolaise face à l'activité française : "tu as la montre, moi j'ai le temps".
Congo - Vis ma vie de VIE
Nous retrouvons Alex à l'aéroport. On ne le connait pas mais Adrien nous a laissé son numéro de téléphone. C'est le dernier survivant de leur colocation ! Adrien est en France à cause de son œil et son coloc Édouard est en France à cause de bactéries dans l'estomac ! Alex n'a pas vraiment la forme non plus : il est aux prises avec un ver qui occupe son système digestif. Mais il résiste.
Il nous emmène en voiture à l'appart où nous pouvons nous changer et déposer nos affaires. Puis direction le centre-ville pour manger une glace ! Ce n'est pas la meilleure glace du monde mais cela change de la brousse et du corned beef. Nous rejoignons d'autres jeunes expatriés. Ils travaillent dans le BTP, la logistique ou le pétrole en général.
En repartant, nous croisons Félin ! Nous lui donnons des nouvelles d'Adrien et de notre échec au lac. Ensuite, nous suivons Alex et sa bande au Tennis Club. Une bulle d'expatriés au milieu de Brazzaville, un havre de calme au milieu du vacarme, un coin de verdure au milieu des rues poussiéreuses. L'endroit est fréquenté par les expatriés, notamment les familles avec les enfants qui jouent tranquillement autour de la piscine. L'intégration sociale n'est pas réellement une préoccupation majeure pour les expats.
Le soir nous découvrons la nuit à la capitale. Il y a quelques restaurants pour manger des bons plats et des bars où boire une N'gok. Ce sera l'occasion pour Benoît, un des expats, d'investir dans l'art africain avec cette magnifique statuette présentée sur les deux photos ci-après.
Il nous emmène en voiture à l'appart où nous pouvons nous changer et déposer nos affaires. Puis direction le centre-ville pour manger une glace ! Ce n'est pas la meilleure glace du monde mais cela change de la brousse et du corned beef. Nous rejoignons d'autres jeunes expatriés. Ils travaillent dans le BTP, la logistique ou le pétrole en général.En repartant, nous croisons Félin ! Nous lui donnons des nouvelles d'Adrien et de notre échec au lac. Ensuite, nous suivons Alex et sa bande au Tennis Club. Une bulle d'expatriés au milieu de Brazzaville, un havre de calme au milieu du vacarme, un coin de verdure au milieu des rues poussiéreuses. L'endroit est fréquenté par les expatriés, notamment les familles avec les enfants qui jouent tranquillement autour de la piscine. L'intégration sociale n'est pas réellement une préoccupation majeure pour les expats.
Le soir nous découvrons la nuit à la capitale. Il y a quelques restaurants pour manger des bons plats et des bars où boire une N'gok. Ce sera l'occasion pour Benoît, un des expats, d'investir dans l'art africain avec cette magnifique statuette présentée sur les deux photos ci-après.
Congo - Retour à la civilisation
Le lendemain de nos tractations ratées, nous prenons déjà la route pour Brazza. Pas grand chose à faire dans le coin du coup. On dit au revoir à Sigfried, Césel, Gérard et les autres. Et oui, c'est dommage. Et oui, beaucoup d'efforts gâchés. Il y a encore du boulot avant d'en faire une vraie attraction touristique de votre lac ! En tout cas, Boha ne devrait pas en profiter. Il est fort probable que la WCS envisagera un autre sentier pour atteindre le lac... plus de problème de droit de passage !
Le taxi collectif nous emmène directement à l'aéroport par la route des brésiliens. Le toit de la fourgonnette est surchargée de sacs de jute. On fait un arrêt à Matoko histoire d'en ajouter un peu. Des poissons chats agonisent dans des paniers en osier au bord de la route, des poulets aux pattes liées se font trimballer hagards. Ça gesticule dans tous les sens.
La route est plutôt correcte pour le pays mais présente évidemment des nids-de-poule. C'est surtout la végétation que je remarque, elle prend possession du bitume à plusieurs endroits. A croire qu'il n'y a pas eu la moindre opération d'entretien depuis 25 ans. Devant l'aéroport, le chef d'escale nous attend à notre descente de fourgonnette : "c'est vous qui voyagez ?" Oui ! Sigfried ou Césel a dû l'appeler. Sympa. On peut avancer de 4 jours notre vol Air Congo prévu initialement pour mercredi. C'est l'avantage des organisations pas vraiment organisées. Et la sagaie passe dans les bagages.
Nous attendons dans le hall d'embarquement. Une grande salle, quelques sièges en plastique et un écran de télé. Nous apprenons que la France envoie des soldats en Centrafrique (à 300 km au Nord) pour stopper les troubles et que Nelson Mandela est mort. L'Afrique est troublée. Nous sommes au cœur de l'info.
Avec nos crampons de chaussures pleins de terre, on salit la belle salle. Un gars se retourne vers nous : "vous êtes scouts ?" Ah non. On embarque ensuite dans notre coucou. C'est un avion à hélice d'une cinquantaine de place. La bête a l'air plutôt bien entretenue. On décolle plein ouest et survole la forêt. Peut-être que nous verrons le lac Télé depuis les airs ! Aurélie remarque à juste titre que si on s'écrase au lac et que l'on doit repasser par le village, ce serait marrant de voir la tête des notables.
On a le droit à un petit casse-croûte que nous apporte l'apprentie hôtesse de l'air qui n'a pas l'air d'avoir déjà utilisé le système pour bloquer les roues de son chariot. On peut lire la gazette de la compagnie : "la force du direct". Cela vaut son pesant de cacahuète.
D'abord, on y apprend que la compagnie est dirigée par le ministre des transports. Ensuite, elle a arrêté les vols pendant une quinzaine d'années. Motif ? "Nous étions en partenariat avec des sud africains qui, un beau matin, nous surprendront en s'enfuyant avec les avions. Nous nous étions retrouvés dans des difficultés". Je retranscris les écritures exactes de la gazette sans perdre une miette de l'éloquence à la congolaise.Aurélie se surprend à se voir toute bronzée en allant aux toilettes. 6 jours qu'on a pas vu un miroir. Nous survolons la forêt et le fleuve Congo. Le vol dure 2h. Le trajet ne peut pas se faire par la route puisqu'il n'y en a pas, mais par bateau oui. Par contre, cela dure 3 semaines quand tout va bien. Cela peut monter à 3 mois s'il tombe en panne !
Congo - Boha rebelotte
5h du matin. Nous sommes prêts. Pas Gérard.
5h45, le voilà. Le matériel n'a pas été préparé et le magasinier n'a pas été prévu pour nous offrir le local ou l'on doit laisser des affaires. Bien joué Gégé.
Le temps de récupérer le matos (bâches, casserole, machette, GPS...), le pinassier écope et installe le moteur. Nous partons un peu avant 7h. Le soleil perce timidement les nuages au-dessus de la plaine. Il ferait même un peu frais. On a 1h45 de pirogue devant nous, on devrait pourvoir respecter les conditions horaires des notables.
A Boha, il y a du monde sur la berge pour nous accueillir. On va voir Noël et on l'informe qu'il y aura 3 porteurs. "Pas 5 ?" Bah non, pas 5 ! On passe aux notables. Ils sont sur une petite place. Gérard, Aurélie et moi prenons place sur trois chaises en face. Roméo fait l'intermédiaire dans la discussion.
Les notables commencent. Dans leur dialecte. Noël embraye mais il est énervé et finit par partir ! Les notables continuent à parler un petit moment. Je demande à Gérard ce qui se passe... "ils veulent 100 000". Hum, je lui demande de leur dire que l'on propose 10 000, pas plus, mais qu'il précise que cela va donner du boulot à 3 porteurs pendant quelques jours, donc un petit revenu. Blablabla... "ils maintiennent". Ils sont coriaces les bougres. Je peux prendre la parole en français.
Je commence par dire que nous ne pouvons pas payer une telle somme (150€ je le rappelle !). Nous comprenons bien qu'il peut exister un "droit de passage" mais le montant demandé est excessif. Nous proposons 10 000. On ne PEUT PAS mieux. Par contre, je leur répète que les porteurs seront payés. De plus, suite à notre séjour, nous pourrons en parler à d'autres personnes qui viendraient également visiter le lac et pourraient aider le village...
Le conseil doit délibérer avec la population. Nous nous éloignons pendant une dizaine de minutes. La discussion reprend dans leur dialecte... résultats des courses : ils veulent 100 000. Un homme prend la parole :"Vous venez, vous êtes irrespectueux, qui nous dit que votre venue aide le village. Il y a déjà eu un brésilien qui est venu, et lui il a payé 200 000." Oui effectivement, certains ont déjà payé. D'après nos informations, un groupe de 8 espagnols est venu auparavant et aurait payé 200 ou 300 000 CFA. National Geographic est venu tourner un reportage sur le lac et le mystère du Mokélé Mbembé : ils auraient lâché 500 000 CFA aux villageois ! On ne joue pas sur les mêmes bases.
Je leur réponds en français : "Ok. C'est votre choix. D'abord, précisons que nous sommes tout à fait respectueux du village et de ses habitants, pour preuve, nous sommes venus à une heure adaptée pour réaliser les rites suffisamment tôt dans la journée comme demandé. Bon, on ne peut pas vous forcer à bien vouloir nous laisser passer dans votre village. Si vous ne voulez pas, d'accord, on s'en va. Mais on ne payera pas un "droit de passage" exorbitant et injustifié. Il n'y a aucune structure qui n'a été réalisée par le village pour justifier un tel prix ! Ailleurs dans le monde, c'est plus simple pour les voyageurs... alors ils ne viendront pas ici, vous pouvez en être sûrs. Si c'est cela que vous souhaitez, je comprends, mais si vous souhaitez développer le village comme vous le laissez entendre, ce n'est pas la bonne manière. Presque personne ne viendra, et le village restera isolé." Et on s'en va.
Plusieurs villageois sont déçus. Roméo est dans le lot. Désolé ! On retrouve Noël, il s'est vexé car aucun siège n'avait été prévu pour lui... On lui paye son carton de vin et on lui file aussi celui que l'on avait prévu pour les notables. Il veut que l'on boit un verre avec lui. Le breuvage est dégueulasse ! Roméo revient une sagaie. C'est pour moi ! "Tu le montreras à ton père", me lance Noël.
Retour en pirogue. A Epena, Sigfried et Césel sont surpris de nous revoir. On leur explique ce qu'il s'est passé... ils sont déçus pour nous... presque plus que nous
Il nous faut revendre notre victuaille. Gérard nous trouve un "petit" qui peut nous racheter la plupart de nos produits. On négocie le prix de chaque article, coincés dans une petite cabane humide, à la lampe torche sur un bout de papier, le soleil se couche. Au total, on arrive à 46 000, sauf que le petit commerçant se trompe avec sa calculette et annonce 52 000. Ok, je fais semblant de recompter et de tomber sur 52 000 aussi ! Pas très honnête mais il se fait déjà un bon petit bénéfice sans bouger de chez lui. On aura juste perdu une trentaine d'euros entre deux. Dégâts limités. Par contre, on doit payer la pirogue et l'essence, et là, la note est un peu plus élevée (60€) !
5h45, le voilà. Le matériel n'a pas été préparé et le magasinier n'a pas été prévu pour nous offrir le local ou l'on doit laisser des affaires. Bien joué Gégé.Le temps de récupérer le matos (bâches, casserole, machette, GPS...), le pinassier écope et installe le moteur. Nous partons un peu avant 7h. Le soleil perce timidement les nuages au-dessus de la plaine. Il ferait même un peu frais. On a 1h45 de pirogue devant nous, on devrait pourvoir respecter les conditions horaires des notables.
A Boha, il y a du monde sur la berge pour nous accueillir. On va voir Noël et on l'informe qu'il y aura 3 porteurs. "Pas 5 ?" Bah non, pas 5 ! On passe aux notables. Ils sont sur une petite place. Gérard, Aurélie et moi prenons place sur trois chaises en face. Roméo fait l'intermédiaire dans la discussion.
Les notables commencent. Dans leur dialecte. Noël embraye mais il est énervé et finit par partir ! Les notables continuent à parler un petit moment. Je demande à Gérard ce qui se passe... "ils veulent 100 000". Hum, je lui demande de leur dire que l'on propose 10 000, pas plus, mais qu'il précise que cela va donner du boulot à 3 porteurs pendant quelques jours, donc un petit revenu. Blablabla... "ils maintiennent". Ils sont coriaces les bougres. Je peux prendre la parole en français.
Je commence par dire que nous ne pouvons pas payer une telle somme (150€ je le rappelle !). Nous comprenons bien qu'il peut exister un "droit de passage" mais le montant demandé est excessif. Nous proposons 10 000. On ne PEUT PAS mieux. Par contre, je leur répète que les porteurs seront payés. De plus, suite à notre séjour, nous pourrons en parler à d'autres personnes qui viendraient également visiter le lac et pourraient aider le village...
Le conseil doit délibérer avec la population. Nous nous éloignons pendant une dizaine de minutes. La discussion reprend dans leur dialecte... résultats des courses : ils veulent 100 000. Un homme prend la parole :"Vous venez, vous êtes irrespectueux, qui nous dit que votre venue aide le village. Il y a déjà eu un brésilien qui est venu, et lui il a payé 200 000." Oui effectivement, certains ont déjà payé. D'après nos informations, un groupe de 8 espagnols est venu auparavant et aurait payé 200 ou 300 000 CFA. National Geographic est venu tourner un reportage sur le lac et le mystère du Mokélé Mbembé : ils auraient lâché 500 000 CFA aux villageois ! On ne joue pas sur les mêmes bases.
Je leur réponds en français : "Ok. C'est votre choix. D'abord, précisons que nous sommes tout à fait respectueux du village et de ses habitants, pour preuve, nous sommes venus à une heure adaptée pour réaliser les rites suffisamment tôt dans la journée comme demandé. Bon, on ne peut pas vous forcer à bien vouloir nous laisser passer dans votre village. Si vous ne voulez pas, d'accord, on s'en va. Mais on ne payera pas un "droit de passage" exorbitant et injustifié. Il n'y a aucune structure qui n'a été réalisée par le village pour justifier un tel prix ! Ailleurs dans le monde, c'est plus simple pour les voyageurs... alors ils ne viendront pas ici, vous pouvez en être sûrs. Si c'est cela que vous souhaitez, je comprends, mais si vous souhaitez développer le village comme vous le laissez entendre, ce n'est pas la bonne manière. Presque personne ne viendra, et le village restera isolé." Et on s'en va.
Plusieurs villageois sont déçus. Roméo est dans le lot. Désolé ! On retrouve Noël, il s'est vexé car aucun siège n'avait été prévu pour lui... On lui paye son carton de vin et on lui file aussi celui que l'on avait prévu pour les notables. Il veut que l'on boit un verre avec lui. Le breuvage est dégueulasse ! Roméo revient une sagaie. C'est pour moi ! "Tu le montreras à ton père", me lance Noël.
Retour en pirogue. A Epena, Sigfried et Césel sont surpris de nous revoir. On leur explique ce qu'il s'est passé... ils sont déçus pour nous... presque plus que nous
Il nous faut revendre notre victuaille. Gérard nous trouve un "petit" qui peut nous racheter la plupart de nos produits. On négocie le prix de chaque article, coincés dans une petite cabane humide, à la lampe torche sur un bout de papier, le soleil se couche. Au total, on arrive à 46 000, sauf que le petit commerçant se trompe avec sa calculette et annonce 52 000. Ok, je fais semblant de recompter et de tomber sur 52 000 aussi ! Pas très honnête mais il se fait déjà un bon petit bénéfice sans bouger de chez lui. On aura juste perdu une trentaine d'euros entre deux. Dégâts limités. Par contre, on doit payer la pirogue et l'essence, et là, la note est un peu plus élevée (60€) !
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