Jour 107 - J'ai le volant...

... mais pour combien de temps ?!

Nous quittons San José et Sylvain, et nous dirigeons vers la frontière Nord du pays. Je conduis, Maïlys et Yann en copilotes, quand ce n'est pas la sieste sur la banquette arrière. La route commence par un détour, la Panaméricaine est bloquée à cause d'un glissement de terrain. Il y a eu beaucoup de pluie, c'est la saison, et un ouragan est d'ailleurs en train de passer sur le Guatemala d'après ce que l'on entend aux news.

La route est plutôt belle, cela roule bien, le van aussi. Il a la patate ce van. Parlons-en de ce van : un Chevrolet GMC AStrovan de 1995, V6 de 174 000 miles (~280 000 km), 4800 cm cube, boîte automatique, un gros bébé de 3 tonnes qui a la patate ! Les plaques sont mexicaines, Sylvain l'avait acheté là-bas 3500 dollars deux ans plus tôt et il n'est donc possible de le vendre que là-bas également à moins de payer des taxes d'importation exorbitantes. Notre but est donc simple: rejoindre le pays des aztèques et échanger notre char d'assaut contre des pesos sonnants et trébuchants.

Après plus de 5h de route, nous voici à la frontière, il est 15h30. Il y a plein de camions dans la file, allez hop je double. Une fois garés, tous les tramiteros (= des gars qui restent à la frontière et proposent leur aide pour réaliser les formalités de passage contre pesos) se jettent sur nous comme des mouches. Non merci, on fera tout seul ! 3 minutes plus tard, nos passeports sont déjà tamponnés, ok.

Ensuite, on passe au van. Il faut aller par ici, ah non par là. Il faut faire une copie des papiers de l'autre côté. Après quelques déambulations à travers la zone frontalière, je suis finalement dans la bonne file, tous les papiers nécessaires en main pour avoir le sésame...

Une fois mon tour, je lui présente mes papiers : passeport, carte grise, papier d'entrée du véhicule au Costa Rica, feuille de l'avocat pour l'achat du van, permis, les copies nécessaires... Et là cela bloque. Quien esta Sylvain? Je commence à expliquer mon cas... et le gars se barre avec mes papiers derrière son guichet... pas bon.

Je veux le suivre, fais le tour du bâtiment et le retrouve. Il me dit que c'est pas légal et baragouine plein de trucs, me parle de "decomisso", me demande où est le van, je me dis qu'il veut le contrôler. Sylvain m'avait prévenu qu'il y aurait des contrôles, donc je pars chercher le van, pendant qu'il garde mon passeport et la carte grise. Une fois le van amené à côté avec Yann et Maïlys, le message est clair : "je confisque le van" !

Il nous baratine. On montre le papier de l'avocate, mais il s'en fiche. On essaie de négocier, limite un bakchich de quelques dizaines de dollars, pourquoi pas... mais lui n'a pas le même point de vue : il nous griffonne un calcul et nous sort un prix pour pouvoir repartir avec le van. Si l'on paye 1323 dollars, il nous laisse partir !! Un peu cher pour un van que l'on acheté 500 dollars la veille.

On lui demande une preuve de ce qu'il avance, et il sort un demi-papier du fond d'un tiroir... cela pue l'arnaque. Et puis, il nous annonce tête baissée que l'on peut ne payer qu'une partie de la somme, environ 80% et nous fait même la conversion en colons, la monnaie locale... allez, prend nous pour des pigeons !

On lui fait comprendre que ce qu'il nous dit n'a aucun sens. Ensuite, il passe la main à un collègue qui nous dit qu'il faudra attendre mardi pour trouver un avocat. Un avocat pour quoi ?! On est vendredi, l'après-midi vient de s'écouler, et lundi est férié. Il veut me faire signer un papier, signifiant que le van part pour un entrepôt. Il n'est pas question que je signe.

On commence à en avoir réellement marre. Je me dis qu'on ferait mieux de passer en douce la frontière, une fois au Nicaragua, ce n'est plus les mêmes autorités, plus les mêmes papiers... Yann n'est pas chaud, mais tant pis, j'ai récupéré mon passeport et cela fait déjà 3 heures que nous sommes arrivés à la frontière ! La nuit est tombée, on remonte dans le van et je conduis jusqu'à la sortie du pays... mais le douanier prend son talkie et relève la plaque juste avant.

Nous arrivons à la barrière, on fait profile bas... mais cela ne manque pas, un garde braque sa lampe torche sur notre van et la plaque. Son collègue l'a prévenu et il nous dit de faire demi-tour. Je tente l'attitude "je-comprends-pas-pourquoi-je-ne-peux-pas-passer?" mais cela ne suffit pas. Demi-tour... et là on n'en mène pas large... tu vas voir qu'ils vont nous accuser de délit de fuite.

En fait, le gars ne vient pas nous parler. On est un peu comme des cons dans notre van, pas moyen de passer au Nicaragua, si on reste là l'autre douanier va vouloir nous dépouiller : dernière solution, ressortir de la zone frontalière et retourner à San José avec Sylvain. Alors on tente le coup dans l'autre sens, mais rebelote, un garde nous arrête, mais là il veut la carte grise et nous demande de se garer sur le côté.

C'est ce que l'on fait. La police va arriver. On se dit au moins on pourra discuter avec les flics, ce ne sera pas pire qu'avec les douaniers qui ont décidé de nous pourrir jusqu'au bout. Une fois garé, j'arrive à lancer le van dans un mur en m'embrouillant dans les vitesses de la boîte auto. Heureusement, pas de casse. Cela a le mérite de faire rire les douaniers. Ensuite, on trouve un téléphone public et on arrive à contacter l'auberge pour avoir Sylvain. On lui explique nos problèmes. Pendant un moment, il essaye de convaincre le proprio de racheter le van, vu qu'il était intéressé ! Mais il se désiste, à cause des plaques étrangères.

La police arrive enfin, deux jeunes, Alejandra et Jeff. Le premier douanier se pointe, on explique la situation aux policiers. Ils sont sympas, ils cherchent vraiment une solution. Le douanier veut confisquer le van et le mettre à la fourrière en nous faisant signer son papier. Nous on est pas d'accord. Après un moment de négociation, les policiers proposent de garder le van à côté, à l'intérieur de la caserne et que l'on refasse les papiers en règle devant un avocat avec Sylvain... qui va venir en bus de San José.

Jeff gare le van à la caserne et on doit retrouver le douanier à son bureau pour signer un papier. Cet en..... est parti manger donc on poireaute un moment supplémentaire. On discute avec nos deux nouveaux potes de la police des douanes. Le gars revient, on signe, il est 21 heures. On va finalement dormir dans l'espèce d'auberge pour routiers à côté de la zone frontalière. Un repas spartiate avec nos derniers dollars en poche et le bruit des moteurs nous bercent après une journée bien éreintante.

Jours 105 et 106 - San José

Cap sur la capitale. C'est toujours Sylvain qui pilote le van, après ce sera moi. On embarque les deux brésiliens qui font la même route histoire de diminuer les frais, surtout qu'il consomme ce sacré van. On se trompe un peu pour la route puis on arrive finalement à San José. Sylvain y connaît une auberge où on peut stationner le van.

Le lendemain, nous partons en centre ville chercher un avocat pour les papiers. Nous en trouvons une, elle imprime tout un papier décrivant la vente, avec nos permis de conduire, la carte grise ... et demande 70 dollars (!) que l'on paye moitié-moitié avec Sylvain. On a demandé 3 exemplaires, et le timbre officiel est facturé au prix fort. On se sent bien arnaqué, mais au moins on aura fait l'effort d'effectuer la transaction de façon officielle. En tout cas, le van est à nous ! Et Sylvain récupère 500 dollars.

Une fois les formalités effectuées, nous jetons un coup d’œil à la ville. Il n' y a pas grand chose de palpitant à San José, en plus il pleut. Sylvain croise tout de même quelques connaissances, des gens "artistes de rues" comme ce couple, elle française, lui argentin, qui vendent des araignées confectionnées en fil de fer. Cela ne ressemble pas à grand chose et ils ne doivent pas en vendre beaucoup. D'après Sylvain, la vie à San José leur coûte cher, mais ils n'arrivent pas à avoir assez de sous pour payer un bus pour aller ailleurs. Et puis pour aller où d'ailleurs ?!

Jours 103 et 104 - Punta Uva y Cahuita

Je me réveille à la lueur du jour dans mon hamac. Après le petit déjeuner, je vais dans le centre du village pour retirer quelques billets. On va devoir en donner à Sylvain pour payer le van qu'on va lui racheter, c'est officiel. Mais on attend d'atteindre San José pour effectuer la transaction. Sylvain doit s'y rendre pour prendre son avion pour Paris. Il est donc prévu qu'on fasse les papiers là-bas, en trouvant un avocat pour avoir quelque chose d'officiel, à défaut de carte grise à mon nom, et d'éviter les ennuis éventuels.




Nous passons la journée sur la plage de Punta Uva, un peu de tuba, beaucoup de soleil. Avant de repartir en France, Sylvain essaie d'écouler quelques pièces de son stock de pierres taillées à Samuel le suisse: opsidiennes, lapis-lazuli et compagnie. J'en profite pour prendre la pose devant mon beau futur van. Le soir, nous passons devant un restaurant faisant des falafels, une spécialité du Proche-Orient. Maïlys nous convainc de tester, nous promet que c'est super bon... en fait ce n'est pas terrible, et assez cher, ce qui est à ajouter au crédit du Costa Rica, qui est un pays indéniablement plus cher comparé à ses voisins. Ensuite, soirée à l'auberge, le rhum caribéen coule à flots et Sylvain m'indique sur la carte de l'Amérique Centrale les bons coins à découvrir en voiture.




Toujours avec Yann, Sylvain et Maïlys, le lendemain nous repartons pour une plage, celle de Cahuita cette fois-ci. Le van nous permet de nous déplacer comme on veut. Nous croisons quelques singes hurleurs dans la nature environnante ainsi que d'énormes fourmis et araignées et un raton laveur !

Jour 102 - En rodage

On retrouve Sylvain et Maïlys, une autostoppeuse voyageant depuis plusieurs mois en Amérique Centrale. On rejoint le continent et le parking où est resté le van. On fait le tour, il est en bon état, les pneus aussi. Il peine un peu à démarrer après une semaine passée tout seul, mais nous voilà déjà sur la route vers le Costa Rica. Sylvain me passe le volant pour que je teste la machine...

C'est la première fois que je conduis un tel van. Les 3 tonnes d'acier sont bien là, et le moteur américain envoie du pâté. J'ai un peu l'impression de conduire un tracteur avec une patate d'enfer. Je teste les freins, ils fonctionnent bien ! Sylvain m'explique que le moteur passe en mode turbo si on garde le pied sur l'accélérateur suffisamment longtemps: j'enfonce à fond la pédale, au bout d'une seconde, le moteur se réveille et change de bruit, l'aiguille du compteur décolle facilement vers les 90 mph, soit plus de 140 km/h !

On arrive bientôt à la frontière, je repasse le volant à Sylvain, et je vais voir un peu la paperasse à faire pour changer de pays. La carte grise du van est à son nom, donc le van passe à son nom aussi. Le douanier fait un peu chier. Il cherche des irrégularités dans les papiers. Il cherche en fait à nous faire du chantage, un petit bakchich faciliterait le passage. Mais Sylvain à l'habitude, et j'apprends quelques mots de français au douanier pour lui faire plaisir, alors après quelques minutes, on est autorisé à passer la frontière sans arnaque / taxe supplémentaire. Nous traversons le précaire pont en bois... et refaisons les papiers du côté costaricain ! 2h au total pour passer la frontière.

Nous roulons jusqu'à Puerto Viejo et trouvons une auberge/camping. Elle est originalement décorée et on y dort en hamac. Et on y trouve Adrian, Samuel, Gustavo et Thiago puis Graham. Décidemment, on ne se quitte plus !

Jours 98 à 101 - Buy or not to buy ?

Yann arrive au matin de mon deuxième jour à Bocas. Il est avec Adrian le néo-zélandais et Graham le britannique. Ce jour et les suivants sont consacrés à la détente et au farniente. On loue notamment des vélos pour se rendre à la plage Boca del Drago, 34 kilomètres en tout. On retourne à Bluff, le lendemain, mais Yann crève à une dizaine de kilomètres du retour, un peu galère. Après moi à Montevideo et Cécile à Puerto Madryn, c'est la troisième crevaison à vélo depuis juillet !

On fait du bateau pour aller voir des dauphins. Nous profitons également des quelques bars: boire un verre, sur un ponton, les pieds dans l'eau, ça c'est les Caraïbes ! On recherche aussi des infos sur les vans Chevrolet, sur les démarches pour passer les frontières... j'ai parlé de la possible transaction à Yann, et l'idée nous semble de plus en plus probable.

L'idée fait son chemin. Le plan se précise: on achète le van pour 500 dollars, on passe chez un notaire à San José pour authentifier la transaction (non indispensable a priori, mais on veut assurer le coup...!), on atteint le Mexique en van et on le revend là-bas. On trouve même une annonce sur un site mexicain pour la vente d'un van similaire pour 3000 dollars ! Si on arrive à le vendre ne serait-ce que pour la moitié de ce prix, on est largement gagnant ! On anticipe et on poste déjà des annonces pour revendre un van que l'on a même pas encore vu !

Rendez-vous est pris avec Sylvain pour partir de Bocas ensemble, voir le van et on lui dira si on prend finalement le van une fois qu'on l'aura vu et tester de le conduire. On n'est pas inconscients non plus !

Jour 97 - Bocas del Toro

J'arrive à proximité de Bocas au matin avec Thiago et Gustavo. Il faut encore prendre un bateau pour atteindre notre but, Bocas étant un ensemble d'île. Nous trouvons une auberge. Là je rencontre deux français, Sylvain et Maïlys, mais ils vont finalement aller ailleurs. On se recroisera peut-être dans la ville !

Je loue un vélo pour aller jusqu'à une plage Bluff de l'autre côté de l'île. Une longue plage pour moi tout seul. C'est sympa mais on s'ennuie un peu à la longue ! Je reviens à l'auberge et retrouve les brésiliens, ainsi que Mischa l'allemand et Samuel le suisse.

Nous nous rendons dans un bar et je retrouve les deux français croisés dans la journée. Sylvain en profite pour me dire qu'il cherche à vendre son van... Il ne peut pas le vendre aux locaux car il a des plaques mexicaines, alors il est prêt à le brader 1000 dollars, même 500 s'il le faut.

L'idée est intéressante, depuis le temps que je me dis que d'acheter une voiture pour voyager sur la route peut être excellent ! Je ne lui promets rien, mais lui dit que je vais y réfléchir. Il m'explique qu'il est arrivé au Mexique la première fois il y aune quinzaine d'années. Il y a fait plusieurs longs séjours, il taille et vend des pierres aux touristes. Là, il est en Amérique Centrale depuis 2 ans, et a son van depuis ce temps là. Mais il souhaite maintenant revenir en France car il est un peu à court niveau budget. C'est pour cela qu'il vend son van: un van Chevrolet, 3 tonnes, un moteur turbo... presque celui de l'Agence Tous Risques !

Jour 96 - Albrook Mall

On recommence par des pancakes au petit déjeuner. Aujourd'hui, nous partons pour Bocas del Toro. Mais un peu avant midi, Yann ne veut plus y aller, il est de plus en plus mal, un peu en mode Machu Picchu, la crise en moins. Je décide tout de même de partir pour Bocas le jour même, Panama City n'étant pas si incroyable que ça, et Yann doit me rejoindre un jour plus tard, le temps de se reposer un peu.

En début d'après-midi, je pars pour la gare routière en diablo rojo. Mon bus pars en soirée, j'ai donc le temps d'explorer le Albrook Mall, un énorme centre commercial: le temple de la consommation par excellence.

Je fais quelques tours parmi les magasins, puis décide d'aller au cinéma pour passer le temps. Evidemment, les films diffusés viennent majoritairement de Hollywood. Je vais prendre mon bus à 20h30, et qui se retrouve avec moi dans le bus: Thiago et Gustavo, les deux brésiliens !