Myanmar - Le pays des grottes

Aujourd'hui, je ne me casse pas la tête. Je n'ai qu'à monter dans le pick-up, la proprio de l'auberge m'a vendu son tour. Son fils au volant, on est 5 gringos à l'arrière pour faire le tour des grottes de la région. Kaw Ka Thawng, Yathaypyan, Kawgun, Saddar, Kyauk Kalap : c'est parti !


Du Bouddha en veux tu, en voilà ! De toutes les tailles, de toutes les postures, les grottes en sont remplies. La campagne aussi. Ses effigies se comptent par milliers, et ce n'est pas une expression, il y en a bien plusieurs milliers.

Dans ces grottes, il y aussi des stupas, des lacs intérieurs, des chapelles naturelles... des araignées mortelles de la taille d'une main (!) et des chauves-souris. Nous découvrons également la campagne alentour. Nous mangeons un peu de poussière de cette tropicale mais ce n'est pas grave. Le vert des rizières se détache du bleu de l'horizon. Ce sont de petits coins de paradis que nous parcourons.

Hpa-An n'est pas le coin le plus touristique du pays, mais il commence à y avoir pas mal de routards et la tendance devrait s'accentuer vu la beauté des paysages et l'attrait de ces petites perles encore conservées.

A l'avant-dernière grotte, nous avons l'occasion de nourrir quelques singes. Armés de sachets de biscuits, nous leur tendons la main... les primates s'approchent prudemment, en nous regardant de travers. Ils finissent par venir chiper un biscuits entre nos doigts. Gare au distrait qui ne garde pas bien son sachet, quelques macaques chapardeurs viendront le lui arracher des mains !

La dernière grotte, c'est le must. 17h25. Nous sommes à l'heure... mais pourquoi ? Eh bien tous les jours, à la même heure, une horde de millions de chauves-souris s'échappe de cette grotte pour rejoindre Mawlamyine et se nourrir, à 80 km de là. Les rapaces aussi sont à l'heure, et prennent en chasse les pauvres petites bêtes. Cette danse belle et sauvage a lieu tous les jours pendant 2 heures... incroyable.

Myanmar - Vers Hpa-An

Levé aux aurores, je monte dans un taxi pour la gare routière. Heureusement que j'ai l'adresse écrite en birman, le chauffeur qui ne parle toujours pas anglais me dépose pile-poil devant le bus. Je tape la discute avec un couple de français qui attend également leur bus, guide du Routard à la main.

Dans le bus, une petite bouteille d'eau attend chaque passager à sa place. La musique est entêtante, de la pop birmane édulcorée. Mon voisin, pieds nus sur son siège, scrute son smartphone chinois qui doit être plus performant que le mien ! La route défile. Et les péages. Et les étals de pastèques. 

En début d'après-midi, je découvre Hpa-An. Sur les conseils de mon guide, je me dirige vers une auberge du centre-ville : full. J'essaye à celle d'à côté : full. Je jette un nouveau coup d’œil à mon guide. Je trouve une troisième auberge à 5 minutes à pied : full. Ouhla, cela commence à devenir compliqué. Il y en a une autre 300 mètres plus loin... full ou presque. Il y a finalement une dernière chambre. Au fond du couloir, pas de fenêtre, salle de bains commune dans le couloir... pour 7000 kyats (6€) : banco !

Je pose mon sac et reviens dans le hall pour utiliser le wifi. Je tombe sur une espagnole, Laura, et un couple de belges, Astrid et Stefan. Ils partent pour monter sur le mont Hpan Pu, de l'autre côté de la rivière Thanlwin. Je me joins à leur troupe. Une barque nous fait traverser et nous escaladons les marches jusqu'à une petite plateforme. La vue sur la région est parfaite.

Après un peu d'escalade, un détour par le lac en bas et un bout de pastèque, nous revenons à Hpa-An au crépuscule. Le soir, direction un restau avec mes amis du jour pour déguster quelques currys. Il y a plusieurs dizaines de petites assiettes pour nous 5 ! Un peu de viande, beaucoup de riz et des légumes. Et c'est bon !

Myanmar - Yangon

Minuit passé et je foule sol birman. Le tampon est une formalité vite expédiée. Ensuite, viens celle du distributeur : je me retrouve avec une liasse de billets de Monopoly, 600 000 kyats en poche. Pas la peine de chercher un taxi, ils attendent le client. Je négocie la course pour 8 dollars.

Je me mets à l'avant. J'ai bien envie de lui causer un peu, mais le chauffeur ne parle presque pas anglais. Ah oui, le volant est à droite... pour une conduite à droite, cela fait bizarre de se retrouver à la place du conducteur mais sans le volant ! Il file à travers les rues désertes de l'ancienne capitale. J'aperçois au loin la lueur de la pagode Shwedagon : super. Les premières impressions sont excellentes.

Après une brève nuit et un petit déjeuner sur le toit de l'auberge, c'est à pied que je parcours les rues du downtown. Il fait beau, je slalome entre les étals omniprésents dans les rues, je fais le tour de la paya Sule doublement millénaire avec son cheveu de Bouddha, je travers un parc où les enfants jouent au milieu de la pelouse. On dirait qu'il fait bon vivre dans le coin. A part pour les gars qui triment à refaire un trottoir, avec de simples pelles, dans la poussière et la chaleur.

Un homme m'accoste, les dents ravagées par le bétel, fruit d'un palmier à la base d'une préparation à mâcher. Les consommateurs de bétel sont reconnaissables à leurs chicots, leur bouche rouge et leurs crachats rouges ! L'homme me propose de me guider jusqu'au ferry pour prendre le bateau et visiter l'autre rive. Je décline poliment.

Je traverse un marché, les marchands s'entassent les uns sur les autres. Au bord du stage Aung San, du nom du père de sa célèbre fille, je réserve mon bus pour le lendemain : Hpa-An. Je me suis décidé dans l'avion entre Séoul et Yangon. Une relecture expresse de mon guide m'a décidé à rester quelques jours dans le sud du pays avant de viser un trek vers Hsipaw puis de retrouver mes compères à Mandalay, dans 10 jours.

Je saute ensuite dans un train pour faire le tour de la ville et des ses environs : le Yangon Circle Line. Une longue boucle circulant dans les faubourgs périphériques, entre cours d'eau nauséabonds, immeubles dépareillés, jardins verdoyants et marchés animés. Je dialogue tant bien que mal avec certains d'entre eux. Une authentique tranche de vie. A contrario, je dois aussi avouer que j'étais loin d'être le seul étranger dans le train.

Je descends avant la fin de la boucle visiter un temps à l'extrémité de la ville. Le temps de voir un Bouddha et d'avaler un bol de nouilles, je repars pressé vers Yangon. Mon objectif : arriver avant la tombée de la nuit pour découvrir la pagode Shwedagon. Une dizaine de bornes que j'attaque à pied... puis un bus me permet d'arriver à temps.

Le soleil est encore là quand je fais un premier tour du temple. Un dôme doré de 98 m trônant sur une colline sacrée pour garder au chaud quelques cheveux de Bouddha. La tradition de dorer le dôme date du 15ème siècle. Plusieurs séismes ont abîmé, voire détruit l'édifice. Sa forme actuelle est due à une restauration datant de 1768. En 1988, Aung San Suu Kyi y dresse un discours pour l'indépendance de la population birmane.

Je m'installe tranquillement dans un coin et j'attends la nuit sur ce haut lieu de culte bouddhiste. Les fidèles sont nombreux pour en faire le tour dans le sens des aiguilles d'une montre comme le veut la coutume, preier et invoquer l'esprit des nats. Enfn, c'est l'heure bleue. L'or des stupas illumine le ciel à la teinte royale. Top.

Myanmar - Made in Korea

Avant de partir vers les tropiques, il me reste une journée dans la fraîcheur coréenne. J'arpente d'abord le village Bukchon, quelques ruelles où sont conservées des maisons traditionnelles. Je fais surtout attention où je mets les pieds pour ne pas glisser sur le verglas omniprésent sur les trottoirs !

Je passe ensuite au palace Gyeongbokgung, le "palais du Bonheur resplendissant". Les touristes sont nombreux à passer la porte Gwanghwamun. Je déambule entre les murs de pierre et les temples en bois peints. Il fait bon se promener dans le palace mais il fait bien froid.

Je profite du musée du folklore qui est à côté pour me réchauffer avant d'arpenter une dernière fois les rues de la ville. La journée passe, et mon avion se rapproche. Le métro me joue des tours : impossible de changer de ligne sans repayer un ticket. Je fais un détour et me perds un peu pour trouver enfin mon chemin. Heureusement que j'avais de l'avance pour mon vol.

Mon premier contact avec la population birmane a déjà lieu à l'embarquement. Je fais la connaissance d'un couple de Yangon expatrié à Londres. Ils reviennent 3 semaines en vacances pour les fêtes de fin d'année. On se ratera de peu au retour, ils repartent un jour avant moi !

Myanmar - Les sommets de Bukhansan

L'objectif du jour, se balader autour des monts de Bukhansan, un parc naturel au Nord de la ville. Lorsque je demande des indications pour m'y rendre à l'employée de l'auberge, elle fait les yeux ronds : "mais il fait froid"... et porte un regard inquiet à mon seul pull, même pas un manteau. Mais j'ai anticipé : en plus de mon équipement de la veille, j'ai ajouté une paire de chaussettes, un t-shirt et un short sous mon jean !

Je me suis finalement renseigné sur le net. Je trouve le bon bus, reste à savoir quand descendre. Et là, cela se complique. Impossible de dialoguer avec le chauffeur, déjà que je comprends difficilement le prix du billet. Je descends... trop tôt, j'ai mal interpréter leurs hiéroglyphes. Je demande mon chemin, le gars parle anglais mais ne sais pas m'indiquer une entrée du parc. Je remonte dans le bus suivant. Je descends... trop tard. Je comprends sur une carte que je suis parti trop loin. Je reprends un bus dans l'autre sens. Je descends... mais le parc paraît encore loin. J'erre près d'une heure entre des lotissements et chalets de petite montagne. Et enfin, un chemin semble prometteur : il s'enfonce dans une forêt dégarnie par l'hiver, et ça grimpe. Ma température corporelle aussi.

Je croise plusieurs groupes de personnes d'un certain âge, bien équipées. Bâtons de marche et chaussures à pointe. L'un d'eux me dévisage, éberlué, il tape son bâton contre sa chaussure : "tu n'as pas de crampons?" me questionne t-il du regard. Je rigole et lui fais signe que tout baigne.

Je discute un peu avec un autre parlant anglais. Il me confirme que le parc offre une multitude de chemins, et de sortie. Je grimpe jusqu'à l'un des sommets du parcs, à plus de 800 m d'altitude. La vue sur Séoul serait parfaite si... le ciel n'était pas si gris.

La rando est excellente, pieds dans la neige, des rochers à escalader ou à descendre à l'aide de la corde fixée à côté. Je continue jusqu'à atteindre le mur d'enceinte de l'ancienne forteresse du mont Bukhansan. Elle a été construite en 1711 après quelques invasions des voisins japonais ou mandchous quelques décennies plus tôt.

Je redescends vers la ville. En route, une coréenne bavarde m'apprend quelques mots de vocabulaire. J'essaie d'apprivoiser l'imprononçable, il y a encore du boulot. Elle s'inquiète de savoir si j'aime la Corée, je la rassure sur le sujet.

Je retrouve un bus et voyage plus facilement que le matin. Je passe à l'auberge changer mes chaussettes trempées par la neige et m'engouffre ensuite dans le métro vers le fameux quartier de Gangnam. Les transports, c'est fatigant, hein bonhomme !


Pas grand chose à voir, en tout cas pas de nuit, en tout cas j'ai rien vu de bien transcendant à part un temple en travaux. Je parcours le quartier jusqu'à traverser un petit affluent du grand fleuve Han, traversant la ville. Je passe devant le stade des Jeux Olympiques de 1988 et le froid a raison de moi. La faim aussi. Direction un petit restau qui ne paye pas de mine, non loin de l'auberge. Là aussi, je me régale, un bulgogi, le barbecue coréen, pour quelques milliers de won (moins de 6€).

A l'auberge, la réceptionniste a du mal à croire que je me suis baladé à Bukhansan !

Myanmar - La guerre de Corée

Je suis à l'autre bout de l'Eurasie. La péninsule coréenne est là. Incheon est proche, de vastes étendues planes, aménagées mais désertes. Ce sont des champs ? J'en sais rien. En tout cas, j'ai l'impression qu'il n'y a pas un seul mètre carré rester sauvage. Puis c'est la totale : digues, ponts, canaux, routes, buildings, industries, cuves à pétrole. 25 millions d'habitants dans l'aire urbaine, dont 10 pour Séoul.

Le ciel est d'un bleu parfait mais attention, -5°C au compteur.Eh oui, certains canaux sont gelés et des restes de neige bordent la piste. La guerre contre le froid commence.

Je prends le métro jusqu'à l'auberge. Tout est propre, bien indiqué, les gens sont serviables. Les courants d'air froid dans les couloirs du métro sont les prémices de la claque prise en sortant dans la rue pour la première fois.

A l'auberge, le wifi marche du tonnerre, il y a un routeur dans chaque pièce et une télé dans le dortoir. Jamais vu ça. Je croise des gens du Brunei et de Malaisie.

J'enfile une paire de chaussettes épaisses, deux paires de gants, 2 t-shirts, un t-shirt manche longues, une chemise et un sweater. J'y ajoute un cache-col et un bonnet. Je suis prêt pour me promener dans les rues de la mégapole. Tant que je marche, cela va, mais il fait -10°C, le soleil se repose déjà.

Je vais au hasard des ruelles du quartier de Jongno. Je me perds dans le dédale de la plus grande concentration de bijouteries au monde ! Des centaines de boutiques. Et j'arrive enfin au Cheonggyecheon Stream. Cette promenade était une voie express entre 1968 et 2005. Celle-ci a été détruite, des pompes alimentent en eau le cours d'eau asséché par la ville... un des exemples mondiaux de rénovation urbaine.

Je longe le ruisseau et slalome entre les buildings. Je passe un palace, un deuxième, des rues commerçantes, des boutiques d'artisans, un Père Noël dansant sur le tube mondial Gangnam Style. Je profite d'un tunnel métro souterrain pour traverser une avenue et surtout... me réchauffer. Bien équipé en wifi et en toilettes.

J'entre également dans la cathédrale Myeong-dong. Une chorale de gamins chante les cantiques en coréen. Il y a une télé à chaque pilier pour que les fidèles suivent les moindre battements de paupières du prêtre. On est bien au pays de Samsung et LG.

Je me régale dans un restaurant me faisant découvrir la cuisine coréenne : un plat principal, 4 ou 5 petits plats de légumes, du riz et du thé. Et c'est bon !

Myanmar - Saut de puce

CDG. A l'enregistrement, je demande le hublot, côté droit et au fond, pour pouvoir profiter du lever de soleil sans être gêner par l'aile. C'est un métier ! Dans la salle d'embarquement, je me dis que je commence à connaître les lieux : au moins le troisième départ cette année.

La concentration asiatique augmente drastiquement à l'approche du départ. Je suis largement en avance alors j'ai le temps de partager avec vous mes perspectives pour ce voyage combo Séoul + Myanmar...

D'abord, partir seul. Une envie d'être complètement libre, mêlée à une incompatibilité partielle d'agenda avec les compagnons de voyage, Benoit, Sophie et Cindy. Ils me rejoindront à mi-parcours. Être seul est le meilleur moyen de rencontrer d'autres personnes, voyageurs ou autochtones ; toujours plus accessible et réceptive qu'un groupe. Nous verrons bien si cela va se vérifier avant mes retrouvailles avec les copains.

Ensuite, le dépaysement coréen. J'espère retrouver cette impression de parachutage ressentie à la première arrivée dans un pays qui ne ressemble pas aux précédents voyages. La Corée devrait en être : voir de ses yeux un monde nouveau, sentir une atmosphère différente, par l'architecture, le climat, la nourriture, les habitants.

Et puis le Myanmar (ou Birmanie pour les nostalgiques), là où le voyage va vraiment démarrer. L'idée de découvrir ce pays germe dans ma tête depuis 2 ou 3 ans : y aller avant qu'il ne change à jamais ! J'ai adoré la Thaïlande, surtout avec l'excellent équipe de 6 que nous étions, mais le tourisme est partout, sur-développé, de masse. J'espère trouver au Myanmar les paysages époustouflants, l'âme du passé toujours présente et l'accueil chaleureux conté par tant de récits de voyageurs comblés.

Et hop, dans l'avion. Plein de coréens, Gangnam Style avec des têtes souriantes qui se parlent calmement. Le langage est incompréhensible... je me demande comment ils peuvent se comprendre tellement les sons semblent similaires, même quand ils parlent anglais. La place à côté de moi est vide. J'aime.

Nous passons la Sibérie, le désert de Gobi et je crois bien avoir vu la muraille de Chine à une centaine de kilomètres...