Vélotrip - Au Nord...

... ça caille ! La nuit fût plus que fraîche. Je me lève tôt après avoir mal dormi à cause du froid, pourtant j'ai dormi habillé. Il y a du givre sur les voitures !

Je pars directement à la plage où je prends mon petit déjeuner. Je n'ai jamais eu une terrasse aussi grande. Pour moi tout seul en plus.

Je longe ensuite la baie de Canche et slalome entre les résidences de la banlieue touquettoise. Me voilà ensuite à Etaples. La route continue en passant à côté d'un cimetière anglo-saxon de la Seconde Guerre Mondiale.

Boulogne, c'est tout droit. Mais un petit panneau indiquant "les éoliennes" attire on attention. J'ai le temps, j'ai les jambes, alors je bifurque. Petite montée en lacet, et me voilà sur les sommets locaux. La vue est superbe, au milieu des champs, avec la côte au loin. Les éoliennes sont bien là, dans mon dos.

Je me retrouve dans un petit village inconnu au bataillon. La place est déserte. J'hésite sur le chemin à prendre. Je tombe enfin sur un autochtone, une armoire à glace qui promène ses 2 chiens. Je lui demande la route pour Hardelot : "c'est loin !" me répond-il. Ce n'est pas la question, bon sang de bonsoir ! Il me répond de traverser le village. Quand je lui dis que j'ai failli partir de l'autre côté, il me répond que je peux y aller aussi... bon, je vais trouver ma route tout seul.

Je retombe sur des routes plus importantes. Je roule par monts et par vaux. A l'occasion d'un "vaux", je bats mon record de vitesse : 55 km/h ! Je file vers Hardelot. Ce dimanche matin, je croise pas mal de pistards sur les routes. En me dépassant, l'un d'eux me demande d'où je viens. "De Paris !", réponse : "Ah ouais ! Bien ! Bonne route !". Un panneau m'indique Boulogne à 11 km.

Je bifurque vers Hardelot et m'ajoute quelques bornes, je retrouve ensuite la côte et arrive à Outreau, un nom de tragédie. Je traverse la ville et m'y voilà : BOULOGNE-sur-MER !

Il n'est que 11h30. Malgré les détours, je suis encore en avance sur mon planning. Je pousse jusqu'au port de commerce. Un endroit bien désert, en tout cas le dimanche matin. Les portiques sont à l'arrêt.

Je parcours la digue à vélo. Il y a quelques pêcheurs qui tâtent le poisson pendant que madame tient compagnie à monsieur. L'art de vivre à la nordiste quoi.

Je rejoins le centre-ville. Pas grand-chose d'exceptionnel. Je jette tout de même un coup d’œil au Centre National de la Mer, alias Nausicaá : il abrite notamment un aquarium et des otaries et, avec 600 000 visiteurs par an, est un des principaux sites touristiques du nord du pays.

En front de mer, il y a également la statue équestre de San Martin, personnage de l'histoire sud-américaine, duquel je vous ai parlé il y a quatre ans. Le héros est décédé à Boulogne en 1850 en soufflant ces derniers mots à sa fille : "Mercedes, esta es la fatigua de la muerte !". Sa statue a résisté aux bombardements de la Seconde Guerre, ce qui reste un miracle pour les boulonnais.

Je monte encore quelques côtes aux abords de la ville. La friterie à Dédé attire mon attention, mais je n'irai pas saccager ma performance sportive en avalant un litre d'huile à l'arrivée. Je suis bien dans le Nord. Je me dirige tranquillement vers la gare. L'heure de faire le bilan : 500 km en 3 jours et demi !

Un train part pour Paris dans 30 minutes, timing parfait. Il ne reste que des premières classes, tant pis. Il y a un compartiment vélo dans le TER, tant mieux. Du coup, je vais quand même m'assoir en seconde classe, tant pis !

Deux homme m'aident à monter mon vélo. Le premier est venu rendre visite au second à vélo, et repart en train. Un peu comme moi mais il a fait moins de kilomètres tout de même, environ 70, mais avec un vieux VTT. On discute de nos périples respectifs.

Le train file vers la capitale. En quelques instants, il défait tous mes efforts pour arriver jusqu'au Nord-Pas-de-Calais. Un sorte de force de gravité qui te ramène au point de départ. A peine le temps de somnoler, voilà la Gare du Nord. Il faut se faufiler entre les parisiens, voitures sur les avenues, vélibs sur les pistes cyclables. Pas d'espace, du bruit, de la pollution... c'était mieux en campagne !

A 18h, je suis à Montreuil. Fin de l'aventure après avoir briqué le bolide et pris une bonne douche. Fier de mes derniers jours : un défi physique et mental. Des paysages, de l'aventure, de la débrouillardise... la liberté ! Vivement le prochain.

Vélotrip - Emmenez-moi

Alors que je replie mon paquetage, un couple émerge de son camping car non loin. Le mari sort, main gauche dans la poche, papier toilette dans la main droite et me lance : "pas trop froid la nuit ?" Pas trop, c'est plutôt le vent que je crains aujourd'hui ! Je quitte le camping tranquillement. L'accueil est toujours fermé...

A moi le bitume. Des champs, une centrale nucléaire et encore des champs. Les jambes tournent bien. Par contre, le vent souffle sans modération, et dans le mauvais sens. A Biville-sur-Mer, c'est la rubrique des chats écrasés : un rat et un hérisson sont éclatés sur la route.

A Criel-sur-Mer, je redescends des falaises vers la plage. Mais ensuite, il faut regrimper en haut de la falaise ! Et cela grimpe bien. Un autochtone taillant sa haie au bord de la route me voit en train de tirer sur mon guidon et m'encourage ! Voilà ensuite Le Tréport.

Je longe plus ou moins la côte. Dans un village, ma route croise... des lamas ! C'est assez inhabituel pour que je m'arrête et prenne une photo. Une voiture s'approche et se gare devant le portail de la maison, c'est la propriétaire. Nous échangeons quelques mots et elle m'explique qu'avec son mari, ils emmènent leurs lamas en rando (Pyrénées, Cévennes...) pour qu'ils portent leurs affaires. Stylé !

Je suis de retour en bord de mer. Mais c'est l'impasse. Je m'arrête à mi-falaise avant d'être revenu au niveau de la mer. Tiens, un petit chemin part sur la droite. Il n'est pas du tout adapté pour les vélos, encore moins quand ce n'est pas un VTT, encore moins avec 30 kilos de chargement. Je monte une première fois sans le vélo pour analyser le terrain : allez, je vais le tenter !

Je détache une partie de mon chargement, tente, eau et sac de couchage. Je monte le tout en deux temps. Faire grimper le vélo est un peu difficile. Une fois en haut, je fais un check à l'âne qui broute tranquillement dans son pré au sommet et je pars la fleur au fusil le long de la falaise. La vue est superbe.

Après quelques centaines de mètres, nouvelle difficulté. Grosse descente sur un terrain accidenté, pas évident, je manque de peu de laisser dégringoler ma bécane à plusieurs reprises. Et après, il faut remonter, en deux temps toujours. Nouveau dépaquetage. Mais en haut, il y a une barrière d'au moins 1m50 de haut. Coup de bol, un couple de promeneur arrive au bon moment et me propose gentiment un coup de main, que j'accepte volontiers !

Je suis encore dans des champs au bord de la falaise. Une nouvelle barrière. Aïe aïe aïe. Là, personne ne vient à mon secours. Je déballe mes affaires une nouvelle fois et monte mes affaires. Évidemment, la barrière, non seulement est aussi haute que la précédente, mais il faut en plus qu'elle soit au bord d'une pente, ce qui me place en contrebas pour passer mon vélo. J'hésite à détacher les sacoches en plus et puis non. Je galère bien à monter le vélo et ses plus de 20 kilos par dessus, manque d'abîmer la protection du pédalier, un ultime effort et je le dépose finalement de l'autre côté à bout de bras aussi délicatement que possible. Je suis passé ! Il m'a fallu 1 heure pour faire 1 km, mais pour la vue et le défi, cela valait le coup !

Je continue ensuite vers la Baie de Somme. Tout devient plus plat. Pause déjeuner à Cayeux-sur-Mer. J'emprunte les nombreuses pistes cyclables pour faire le tour de la baie. Le train touristique de la baie beugle à tue-tête... il circule en parallèle de ma piste cyclable. Il roule à 25 km/h... en poussant un peu j'arrive à le semer ! J'ai même le temps de faire une photo !

La piste est de plus en plus remplie de cyclistes du dimanche, venus se promener ce samedi de mai dorénavant ensoleillé. Mais celle-ci s'arrête. Je me retrouve sur des petites routes à suivre des balises de je-ne-sais-quel parcours. Mes coup de poker m'éloignent de la côte et je me retrouve en direction de... Montreuil ! Mais pas mon Montreuil du 93, je vous rassure. J'entre dans le Nord-Pas-de-Calais.

L'étape suivante est de rejoindre la station balnéaire de Berck. Une dernière piste cyclable de 4 km avalée à fond les ballons me ramène les embruns. Je ne m'éternise pas et continue vers le fameux Touquet-Paris-Plage.

Il me faut trouver mon havre de paix pour la nuit. Bien content de mon coup du camping de la veille, je veux retenter le coup. Par contre, le Touquet, c'est un autre standing. Pas évident de trouver un camping...

En voilà enfin un. Le seul de la ville on dirait. Mais il est encore un peu tôt, alors je vais attendre la tombée de la nuit en dînant sur la plage. Alors que je déguste mon sandwich rosette, un homme me demande d'où je viens : de Paris !

Mon interlocuteur est impressionné, et moi ravi de mon effet, le premier depuis le début du périple ! "Quand j'ai vu le vélo, je me suis dit que c'était un monsieur qui venait de loin". Nous discutons quelques minutes, du vélo, du Touquet, de Montreuil (celui du 93 cette fois-ci) qu'il a connu dans son ancienne vie de syndicaliste. Son fils, qui jouait au foot sur la plage, nous rejoint. Lui aussi est épaté, mais surtout, il a faim ! Ils partent manger, mais pas au fast-food, au grand dam de l'adolescent.

La nuit s'approche. Je retourne au camping. L'accueil est fermé, mais je regarde quand même le prix pour une tente... sauf qu'il n'y en a pas : il n'y a que des mobile-homes. Tant pis. J'entre tout de même et va dans un des coins du camping, à la recherche d'un terrain avec un mobile-home inoccupé. Je trouve mon bonheur. Je croise les doigts pour que personne ne débarque après coup.

La nuit est tombée, je vais prendre ma douche. Je me couche ensuite vers 22h. A peine je ferme les yeux, j'entends une voiture qui se gare juste à côté... zut !

Fausse alerte, c'est pour le terrain d'à côté. Je m'endors d'une oreille dans la fraicheur nordiste.

Vélotrip - Jusqu'à la mer !

J'ai plutôt bien dormi, bercé par une chouette et ses compagnons. Je prends mon petit déjeuner dans la tente et remballe le tout. A 8h, je suis en selle.

Je parcours mes premiers kilomètres du jour. Les nuages sont encore là. L'eau est encore dans le ciel mais n'est plus dans ma bouteille. Je n'ai pas eu le temps de compléter tout mon matériel avant de partir, et je n'ai donc pas de bidons, seulement une bouteille en plastique dans les sacoches. Et elle est vide.

Un TER me coupe la route. Le temps de le laisser passer et la pluie arrive. Je passe le bled de Sérifontaine, qui porte mal son nom, et tombe sur la nationale. Je la suis sur une petite dizaine de kilomètres et tente ma chance au bourg de Neuf-Marché pour retrouver la trace de l'itinéraire Paris-Londres. Bingo !

Après le bourg, je passe non loin du mont Sainte-Hélène, jamais entendu parler, mais on dirait l'atout touristique du coin. Il doit offrir un panorama sur la région... mais je décline l'invitation au détour. La vue est loin d'être dégagée de toute façon.

Voilà un cycliste venant à contresens. Un rando-cycliste pour être plus précis. On se reconnaît aux sacoches. Un collègue quoi ! Mais mieux équipé : il a deux bidons, un casque et est entièrement fluorescent. On s'échange un bonjour en passant. D'ailleurs, je me suis fixé comme règle de saluer tous les cyclistes que je croiserai !


A Saint-Germer-de-Fly, je salue la factrice et trouve un point d'eau dans les toilettes municipales. Je nettoie un peu mon vélo en passant, il y a encore de la boue du bord de l'Oise. La pluie ne doit pas tomber assez fort. Une dizaine de kilomètres plus tard, une odeur désagréable emplit l'atmosphère... je passe devant une usine Danone. Cela ne donne pas envie de manger des yaourts. Le centre de Gournay-en-Bray est plus intéressant : c'est le jour du marché.

A la sortie de la ville, pour la deuxième fois de la journée, je perds la trace de la Paris-Londres et retombe sur la nationale 15. Quelques encablures et je tente ma chance à travers une route de campagne : ouf, je retrouve ma route et peux fêter mon 200ème km en avalant une barre de céréales. La campagne paysanne défile. Les petites routes se faufilent entre les collines et les haies bocagères.

A Forges-les-Eaux, je m'arrête sous à abribus pour déjeuner. Je commence à croiser pas mal de cyclistes, soit des cyclo-touristes ou des pistards en vélo de course. Ces derniers répondent plus rarement à mes bonjours. J'arrive enfin sur l'avenue verte, cette dernière piste cyclable avant Dieppe : au bout, je verrai la mer !

40 km. 40 km libre de voiture. Mais 40 km avec le vent de face, ça use. Qui veut aller loin ménage sa monture. Alors j'avance en me ménageant. Mais enfin la ville de Dieppe fait son apparition. 270 km et j'ai gagné le littoral.

Je fais un tour par le centre-ville. De charmantes ruelles font la part belle aux piétons, flânant entre les commerces par ce bel après-midi ensoleillé. Il y a un château sur les hauteurs de la ville. Allez, je me motive, la vue doit être sympa.
Il y a une sacrée côte pour arriver là-haut. Je ne sais pas encore si la vue en vaut la chandelle, mais je me dis qu'au moins, je pourrais me faire une sacrée descente, cela fait toujours plaisir.

Une fois là-haut, la vue est effectivement superbe. Dieppe est à mes pieds. La Manche est à côté. Je reviens vers le centre-ville en profitant de la descente, un avant-goût de montagne. Je rejoins la plage et déambule quelques instants sur les galets. Je ne laisse pas le vélo sans surveillance trop longtemps et déjà je repars vers le Nord.

Je compte plus ou moins longer la côte. A la sortie de la ville, c'est le bazar par contre : je me retrouve dans une impasse, puis sur une voie express. Demi-tour. Je trouve finalement la petite route qui va bien. Je tombe sur la plage de Puys, où un panneau informe qu'un débarquement eu lieu ici-même le 19 août 1942. Faisant partie d'une grande opération, le débarquement de Dieppe ou opération Jubilee, est la première tentative de débarquement alliée sur la forteresse allemande en Europe. Le gros des troupes est canadien, ce qui leur laissera un goût très amer, les pertes étant lourdes et la bataille perdue. Ce débarquement est un échec mais servira de leçon pour la suite.

Je suis sur une petite route agréable qui va vers Berneval-le-Grand. Malheureusement, le vent souffle sans répit. Usant. Heureusement, je n'ai que quelques kilomètres à parcourir. J'arrive au camping municipal que j'avais repéré. Il est 19h17. Malheureusement, celui est fermé depuis 17 minutes. Heureusement, je suis à vélo et après 1 minute de réflexion, je passe tranquillement par le côté de la barrière. Je me place tout au fond du camping, plante la tente et peut faire une bonne douche bien méritée. Je m'endors sans problème.

Vélotrip - Premiers tours de roues

01/05/14

Je me réveille comme si j'allais au boulot, mais nous sommes le 1er mai et c'est la fête du Travail ! Pas de grasse matinée pour autant. Il y a du soleil : "ce matin, il fait presque beau, ça tombe bien je me suis levé tôt"...

Une fois sorti de la douche, le soleil est déjà parti derrière des nuages bien gris. Je descends tout de même mon bolide. En deux fois. C'est que j'ai pas mal de matos a trimballé dans mes escaliers, sur 4 étages : mon vélo tout neuf, les sacoches, 4 jours de nourriture, quelques vêtements, le sac de couchage et la tente.

Je descends la rue de Paris à 9h. La grande aventure commence. Mes sacoches (de vélo !) sont pleines. Le poids à l'arrière rend la monture quelque peu instable. Il ne faudrait pas débuter par une chute sur le rond-point de la porte de Montreuil ! Tout va bien, je suis déjà plus à l'aise après quelques centaines de mètres.

Je traverse Paris de bon matin. Bastille, Châtelet, Concorde, Champs Elysées. Avec tout ça, j'ai déjà croisé une manifestation FN, une horde de touristes asiatiques descendant de leurs bus et un kéké du Nord-Pas de Calais avec la musique à fond dans sa décapotable : un avant-goût du voyage ?

Je me dirige vers la Défense et traverse le pont de Courbevoie. J'ai déjà mal aux coudes et aux poignets alors que je suis à moins de 15 kilomètres du départ ! Il faut que je m'habitue à la position sur ce nouveau vélo. Mis à part les 5 kilomètres pour revenir du magasin, c'est sa première sortie.

N'ayant ni carte potable, ni boussole (celle que j'ai emmené perd la boule), ni soleil pour me repérer, je prends un peu trop au sud après le parc du château de Maisons-Laffitte et me retrouve à Poissy vers 11h : environ 40 km au compteur. Le ciel menace... et la pluie commence à tomber une fois passé le centre-ville. Je m'abrite sous un pont juste avant que le déluge ne s'abatte sur ma tête. Le temps que cela se calme, j'avale quelques sandwichs.

La prochaine étape est Cergy-Pontoise. Je remonte le long de la Seine vers le Nord. Il me faut la traverser... mais je tombe sur une 4 voies. Cela ne m'enchante pas vraiment de la suivre alors je tente ma chance ailleurs. Je suis la boucle de la Seine... mais je sens bien que je m'éloigne un peu. J'arrive sur le port d'Achères où ne traîne pas un chat. J'espère tomber sur un pont... qui n'existe pas et je ne fais que revenir... à Maisons-Laffitte ! Demi-tour, je reviens près de la 4 voies et trouve finalement une piste cyclable mal indiquée pour traverser. Me voilà à Conflans-Sainte-Honorine, ancien bastion de la batellerie séquanienne en tant que carrefour entre la Seine et l'Oise, après une petite rallonge de 20 kilomètres sous une fine pluie !

Après un rapide tour de Conflans et je mets le cap sur Cergy. Pas facile de trouver la meilleure route quand il faut encore éviter la 4 voies. J’atteins enfin les bords de l'Oise : un chemin de halage boueux à souhait s'offre à moi. Ce serait mieux en VTT mais je l'emprunte quand même sur 2 km, je dois juste faire très attention à ne pas glisser, surtout avec les sacoches. Ça passe !

Je me retrouve sur une base de loisirs. Au bout, une passerelle monumentale me permet de traverser l'Oise et de monter sur les hauteurs de Cergy : depuis "l'axe majeur" pointé vers la Défense, l'Ouest parisien s'étale devant moi. Presque 90 km au compteur : c'est déjà la plus longue sortie en vélo que j'ai jamais faite. Je me retourne et continue à m'éloigner de Paris.

Un rayon de soleil et j'enlève mon k-way. 2 km plus loin, de nouveau la pluie. En fait, c'est encore un nouvel orage qui éclate. Je trouve un abri in extremis sous le porche d'une résidence. 10 minutes et le soleil revient. Je quitte Cergy et la ville, j'entre dans le Vexin et la campagne. Je retrouve les panneaux indiquant l'itinéraire Paris - Londres par "l'avenue verte" : un itinéraire balisé permettant de rallier les deux capitales à vélo (et avec l'aide du ferry au départ de Dieppe). Les petits villages s'enchaînent jusqu'à la vallée de l'Epte, une rivière affluente de la Seine. Le chemin est bien balisé et alterne petites routes bitumées et chemins agricoles. Jour de marché, jour de vide-grenier.

La fatigue commence à se faire sentir. Il pleut encore. Je passe un gîte et commence à me dire que je pourrais ne pas me fatiguer plus et m'arrêter là... mais je me suis fixé Gisors comme objectif du jour ! Et le soleil ne se couche que dans plusieurs heures alors je continue sur l'asphalte. Grosse montée en sortant du village. Ce 110ème kilomètre m'éreinte.

Je passe à Wy-dit-Joli-Village : un nom marrant et une brocante. Il me faut une nouvelle pause, je n'ai plus beaucoup de forces. Quelques étirements, une barre de céréales et ça repart. Un panneau m'annonce Gisors à 27 km. Allez, je peux le faire !

Il ne pleut plus, c'est déjà bien. Le mental tient bon. Je fais des petits exercices avec mes bras et mes mains qui sont un peu endoloris par la position statique sur le guidon. Arrivé à Bray-et-Lû, il me reste encore 20 km d'une agréable voie verte : assez plat, assez droit et bien bitumé. Cela roule bien mais mes jambes n'appuient plus très fort sur les pédales. A 13 km, perte totale d'énergie. Je me pose un quart d'heure sur une table de pique-nique et avale une autre barre. Je ferme les yeux... je sens que je pourrais me faire ma nuit de sommeil là, tout de suite, sur ce banc...

Mais il me reste assez de temps pour atteindre mon objectif avant la nuit. Au cas où, je commence tout de même à regarder si je trouve un spot sympa pour planter ma tente. Rien de terrible. Ma pause m'a fait du bien et je roule tranquillement jusqu'à Gisors. Je ne m'attarde pas auprès du château, je passe la ville rapidement et commence à rechercher activement mon point de chute. La nuit s'approche, les 150 km aussi !

Je trouve une concentration de caravanes... ce n'est pas un camping mais une aire de gens du voyage. Je passe. Ah, voilà un chemin qui s'enfonce dans un sous-bois sur ma gauche. Je m'arrête. Il y 2 petites barrières et un panneau "cueillette des champignons interdite". Il n'y a pas de panneau propriété privée, je prends cela comme une invitation. Je galère un peu à passer les barrières avec tout mon barda, remonte le chemin et trouve un petit coin tranquille entre les arbres pour m'installer. Une maison qui n'a pas l'air habitée se trouve 200 m plus loin au bout du chemin. J'espère que je ne serai pas dérangé. Je monte la tente, avale mon dîner et repense à ma journée de 150 km sur la route... avant de m'endormir juste après le soleil à 21h40 !

Vélotrip - Prologue

Une nouvelle façon de voyager : le vélo en autonomie.

Juillet 2013. Le Tour de France est diffusé à la télé. Il fait beau. Comme un gamin devant une confiserie, j'ai une envie de vélo. Un tour de vélib' dans le bois de Vincennes me laisse un peu sur ma faim. Eurêka ! Je n'ai qu'à ramener mon vélo à Paris.

C'est chose faite quelques semaines plus tard. Je le laisse en pension chez Sandra et Vincent, ce dernier pouvant l'utiliser pour aller au boulot, mais surtout, je peux maintenant explorer la campagne francilienne à coup de 50 à 80 km de virée cycliste : canal de l'Ourcq, bords de Marne, Coulée verte, forêt de Meudon, de Gros Bois...

Mais une idée germe dans mon esprit : un périple plus long. Pourquoi ne pas rallier la Bretagne à vélo depuis Montreuil ? Il me faudrait plusieurs jours, emprunter pas mal de routes nationales, ou faire des détours...

Puis l'hiver arrive... mais comme la nature est bien faite, le printemps viendra ensuite. Lors d'une discussion en début d'année avec un ami, Antoine, je lui suggère l'idée de s'organiser une randonnée à pied en montagne le temps d'un weekend... et, lui qui a déjà pédalé à travers les Alpes de Lyon jusqu'à la Slovénie, me propose naturellement de faire une rando à vélo ! Banco !

Après mûre réflexion, mon vélo actuel ne tiendra pas la route. Il est devenu trop petit (ou moi trop grand), le moyeu de la roue arrière est fatigué, il faut ajouter un porte-bagages...

Quitte à faire les choses, autant les faire bien : mon VTT prend sa retraite et j'opte pour une "randonneuse". Un VTC quoi, flambant neuf. Un Gitane français qui plus est, cela fera plaisir au ministre à la marinière. Je prends les sacoches qui vont avec, indispensablement imperméables, en toile de camion.

Il me faut m'entraîner avant de suivre Antoine. De toute façon, pas question que je reste à Paris pendant les beaux (ou pas) jours du premier pont de mai. J'ai envie de voir la mer : direction Boulogne !

Boulogne-sur-Mer !! Pas Billancourt...

Congo - Epilogue

Le retour du Congo s'est déroulé sans problème, mais je ne peux pas terminer ce récit sans informer sur les suites du voyage d'Adrien, qui malheureusement ne s'est pas effectué dans de si bonnes conditions.

Il a donc été rapatrié en France et a séjourné à l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris, réputé en ophtalmologie. Après plusieurs tests et admissions d'antibiotiques dont je vous passe les détails, il n'a pas subi de greffe, mais la cornée reste endommagée par la cicatrice laissée par l'abcès dû à l'infection bactérienne. La vision est affectée mais le bonhomme est vaillant et résiste : il est reparti en Sierra Leone pour une autre année d'expatriation !

Sinon, le Congo a fait parler de lui à peine une semaine après notre retour : l'arrestation de Marcel Tsourou, un ancien haut placé de l'armée congolaise, ne s'est pas fait dans la douceur. Des combats autour de sa résidence située au cœur de Brazzaville ont fait au moins une quarantaine de morts. Officiellement, son arrestation fait suite à sa condamnation à 5 ans de travaux forcés au vu de sa responsabilité dans le drame de Mpila : l'explosion d'un dépôt de munition de l'armée avait fait plus de 300 morts en mars 2012. La réalité pourrait être un peu plus complexe, cet ancien appui de Sassou est tombé en disgrâce et a attaqué ouvertement le président dans les médias. Il aurait même été prêt à témoigner dans l'affaire des disparus du Beach pour laquelle Sassou pourrait être directement impliqué... un massacre collectif d'anciens dissidents politiques rapatriés depuis la RDC voisine. Plus d'informations ici.

Les prochaines élections en 2016 pourraient être mouvementées. En attendant, le pays devrait rester dans cette "situation" de stable instabilité...

Congo - Pointe-Noire

On se lève tranquille. Aujourd'hui, nous devons prendre l'avion pour Pointe-Noire.Nous laissons un petit cadeau pour nos hôtes Alex et ses colocs quand ils reviendront, avec un petit mot adapté au moment : "Merci de nous avoir hébergés dans cette "situation" ! A déguster et partager avec tes colocs, si jamais ils reviennent..."

A l'aéroport, le chek-in dure une plombe, les congolais sont toujours aussi efficaces. Puis nous pouvons passer les portiques de sécurité. L'agent qui surveille le passage me réclame gentiment des sous : "Aaaah tu vas à Pointe-Noire ! Et tu laisses l'ami affamé ici. Il va manger quoi l'ami ?!". Tu n'as qu'à manger du manioc ! Son collègue, qui a sans doute peur que je ne saisisse pas le sens de la demande est plus direct : "de l'argent !". Je lui réponds aussi sec qu'il n'aura rien et reprends mon sac.

40 minutes après avoir décollé de Brazzaville, nous apercevons la côte. Nous partons de l'aéroport à pied et rejoignons l'hôtel Migitel situé à 5 km, dans l'artère principale de la ville : le boulevard Charles De Gaulle. Le bout du boulevard mène à la plage. Avant, il faut tout de même traverser la voie de chemin de fer Congo-Océan avec sa gare dont le style architectural est inspirée de la gare de Deauville : une bâtisse à colombages... sauf que sur la version congolaise, des arbustes poussent sur le toit. Puis le soleil se couche sur l'Afrique. Le ciel se met dans tous ses états, coloré de toutes les teintes de rouge possible.

le lendemain, les Gorges de Diosso sont l'objectif du jour. Il faut commencer par trouver un taxi prêt à nous y emmener.Un chauffeur me demande 10000 CFA, j'arrive finalement à avoir l'aller-retour pour 17000.  C'est parti. Les gorges sont situées à quelques encablures au Nord de la ville. Il faut même passer un péage... alors que la route est à peine bitumée. Le chauffeur se plaint de l'état des routes : "Regardez par terre !" Je lui demande si les autorités font quelque chose : "Ah le maire ! Il ne fait rien, et cela fait longtemps qu'il est là. Il n'y a que la rue devant la maison du préfet qui a été goudronnée !". A ce moment, là nous croisons deux énormes 4x4 rutilants. Le taxi nous explique que ce sont les voitures du général Dengué : le criminel de guerre. Il se déplace toujours avec ses 4x4 et une tripotée de gardes armés quand il est de passage à Pointe-Noire.


Arrivé près des Gorges, nous ne sommes pas encore descendus du taxi qu'un ado s'approche : "je peux vous faire visiter les gorges". Le Petit Futé indique que des gamins font faire le tour aux rares touristes en échange de quelques pièces. Nous donnons rendez-vous au taxi à 15h de l'après-midi et demandons à l'ado combien il voudrait pour nous accompagner : "ce que vous voulez". On a pas besoin de lui pour marcher 30 minutes sur un sentier, surtout qu'il ne décoche quasi pas un mot mais bon, on lui filera un billet tout de même. Il se met à pleuvoir et il fait chaud. Le sentier mène jusqu'à l'embouchure d'une rivière. L'eau est rouge, couleur de la terre. Une fois arrivés au bout du sentier, je propose à notre pseudo guide de le payer... à la place il reste assis en face de nous et me réponds que l'on "va régler le problème plus tard". Il ne dis rien pendant presque une demi-heure, puis s'absente et revient tout fier avec une "facture" : un bout de papier ou est écrit 2 * 6000 CFA  = 12 000 CFA. Ah la bonne blague. N'aimant pas trop ses manières de faire, on ne lui donne que 2000 CFA. Au départ, on hésitait à lui donner un peu plus, mais comme il se moque de nous... il n'aura rien de plus malgré ses protestations. Nous restons un peu au bord de la mer puis retrouvons notre taxi Alfred qui nous dépose en ville. Heureusement, son taxi roule mieux que les carcasses qui jalonnent le bas-côté.


Ce vendredi, nous partons explorer la ville à pied. Après un passage par la plage, nous nous dirigeons vers le port. Nous traversons un quartier de belles demeures, mais les ruelles sont toutes défoncées. Les proprios du coin sont aisés, les gros 4x4 se moquent bien des flaques d'eau alors pourquoi s'embêter à goudronner la route ! Nous longeons ensuite toute la zone industrialo-portuaire. Les camions vont et viennent en crachant d'épaisses fumées noires sur des routes en mauvais état là-aussi.

Toujours à pied, nous continuons vers le Nord et retombons sur la route principale. le but est de rejoindre la côte au nord de la ville. Nous coupons à travers un quartier résidentiel. Plus la côte s'approche et plus le quartier devient bidonville : cabanes, ruelles vaseuses, tas de déchets et odeur de décharge. Nous sommes arrivés au bout d'un plage. Il nous faut traverser un bout de ruisseau dont l'eau est totalement insalubre. Nous déclinons la proposition d'un gamin du coin nous proposant de nous faire traverser en pirogue contre 2000 CFA. Nous avons juste quelques mètres à traverser avec de l'eau jusqu'au genoux.

Plusieurs dizaines de bateaux de pêcheurs sont alignés au bord de la plage, façon débarquement. Certains s'affairent autour de leurs embarcations ou réparent les filets. Une femme nous interpelle, "nihao nihao"... elle nous prend pour des chinois. Une énorme tortue desséchée gît sens dessus dessous sur le sable. Nous ne traînons pas trop non plus, les locaux nous regardent du coin de l’œil. La plage devient plus tranquille. A l'unique paillote du coin, nous buvons une bière fraîche faute de soda.

Nous revenons à pied. Nous aurons fait plus d'un vingtaine de kilomètres en tout. Sur le retour, nous passons devant une sorte d'église évangélique me rappelant ce que l'on peut voir au Brésil. Ma curiosité m'amène à discuter avec l'un des adeptes. L'homme est sympathique et me raconte qu'il fait partie de "la Chapelle des Vainqueurs", une église présente dans 48 pays. Son fiston est tout content de me serrer la main.

Le lendemain, nous partons arpenter le marché de la ville mais la pluie y met du sien. Pas grand chose à voir mais au moins je peux acheter quelques cacahuètes bon marché. L'après-midi, le ciel se dégage quelque peu. Nous décidons de passer nos dernières heures au bord de la piscine d'un des hôtels de mundelés : vue sur la mer et le coucher de soleil en prime. Une dernière N'Gok et nous passons récupérer nos sacs avant de partir pour l'aéroport.

Nous y arrivons en avance, notre vol ne part que le lendemain matin de bonne heure. Les quelques employés sont surpris de nous voir là. Certains plus causants que d'autres viennent nous voir. Le gérant de l'agence de change vient nous poser quelques questions puis veut nous donner des conseils : "Vous devriez lancer un business au Congo. Vous pouvez faire beaucoup d'argent !". Quand je lui réponds qu'il vaut mieux que ce soit des congolais qui le fasse, il rétorque : "Non, vous vous pouvez, le blanc est sérieux".

Une fois notre premier bavard parti, c'est au tour du pompier de venir. Il veut d'abord nous taxer une communication téléphonique puis nous questionne sur notre voyage. Il est plutôt sympa mais au bout de 30 minutes, je suis content qu'il s'en aille !

A 2h du matin passées, on commence la file pour le check-in avec le bazar habituel. Un ultime congolais, celui de la sécurité, tente de me soutirer de l'argent pour lui "payer un café". Ils nous fouillent méticuleusement. Nous voilà quand même dans l'avion. Tikala malamo Congo.