Jour 117 - Comme les journées sont longues...

Debout à 8h, on est prêts à appeler Luis Quintana. A la deuxième tentative, cela répond, C'est Yann au téléphone et lui explique qu'on a un van à vendre, le gars répond qu'il sera là "à deux heures de l'après-midi". Il faut tuer le temps en attendant, on traîne dans la ville et passe au cyber-café.

14h, nous sommes impatients à côté du van. Une vendeuse de boisson passe à proximité et me demande si je suis le proprio. Oui, pourquoi?! Elle m'explique que la police est passée, a vu qu'il manque l'autoradio et est à deux doigts de le mettre à la fourrière. Ce serait dommage mais au moins on en serait débarrasser! On se dit déjà que si la casse n'en veut pas, on pourra y mettre le feu, au moins on s'amuserait! Un peu plus tard, le gardien de la banque à côté me dit la même chose, la police est sur le coup.

Nous, on attend toujours Luis en plein cagnard. Heureusement que Connie et Roger sont toujours aussi gentils et nous laissent entrer chez eux. Ils nous offre même un sandwich. On essaie de rappeler la décharge, pas de réponse. C'est seulement vers 16h que nous avons une réponse: il dit à Connie qu'il n'avait rien compris, mais qu'il est intéressé et viendra à 17h30. C'est plus sage de laisser Connie parler afin d'éviter les malentendus...

En attendant, on joue aux cartes avec Connie et Franzel, la fille de nos protecteurs. Mais le sacré Luis n'arrive toujours pas. Connie le rappelle: il est occupé, il passera demain! Arf, enc...!

Jour 116 - Freddie, Luis, Alan, Roberto, El Tico... los dueños de Leon

Un peu triste de ne pas être champions du monde au rugby, surtout de ne pas pouvoir chambrer les quelques néo-zélandais qui sont dans les parages, mais d'autres soucis nous attendent: on a toujours un van sur le carreau. Lorsque nous y retournons, Roger nous dit qu'on devrait le bouger, la police est passée, et commence à se demander ce que fait ce van mexicain "abandonné". Il nous parle d'un gars qui pourrait venir le tracter avec son cheval... le plan galère.

Je lui dis que je veux d'abord trouver Freddie, au cas où celui-ci serait preneur, que je vais trouver un bus... Roger se décide à nous y amener en voiture de nouveau, cela nous arrange bien! Nous embarquons et trouvons Freddie chez lui. Il est passé voir le van la veille, mais ne veut pas l'acheter à cause des plaques mexicaines. Qui plus est, c'est un moteur 6 cylindres. Les nicaraguayens sont plus 4 cylindres, cela consomme moins, et l'essence est assez chère, surtout vis-à-vis du niveau de vie au Nicaragua. Mais Freddie nous parle de Lui Quintana, un "desarme", c'est-à-dire une casse, donc avec un mauvais prix. Je lui demande combien cela représente un mauvais prix pour lui: pas plus de 1000 dollars! Ce serait un super prix pour nous!

Nous repartons en voiture avec Roger et Connie à la recherche de ce Luis Quintana, Freddie leur a expliqué la direction à prendre. Nous arrivons à un entrepôt. C'est calme, au bout de quelques minutes un gars répond à nos appels. Il vient au portail. Il nous dit que son patron n'est pas là. Nous cherchons Luis Quintana: il ne connaît pas, son patron c'est Alan. Il n'est pas d'une grande aide et a l'air bien surpris de voir des gens débarquer. Il y a un village à côté, un gars est à bricoler devant sa maison, je m'en vais lui demander s'il connaît Luis Quintana.

Le gars me répond sèchement: non. Il se méfie de l'étranger... de moi quoi! Roger arrive, il commence à lui parler et lui explique la situation. Ils ont l'air de plus ou moins se connaître, le villageois est tout de suite beaucoup plus sympathique! Il s'appelle Roberto Carlos (!), il connaîtrait peut-être un acheteur mais il nous conseille de réparer et d'aller plus au Nord, au moins au Salvador, où les 6 cylindres ont plus de succès. Les nicaraguayens n'aiment pas, l'essence est chère... oui, on commence à comprendre! Il nous conseille d'aller voir El Tico, un garagiste du coin et file son numéro à Roger.

Nous repartons et passons à moitié par hasard devant le fameux desarme! Quel plaisir! Dimanche, tout est fermé mais un numéro de téléphone est peint sur le mur d'enceinte. Nous pourrons appeler le lendemain.

Nous nous retrouvons chez El Tico. En fait, il vend des pièces d'occasion. Il a des bomba de gasolina pour 20 dollars, mais pas le bon modèle. La bonne pièce serait dans la 90 dollars à Managua selon aussi. Ce sera notre solution de secours si la piste de la décharge ne donne rien. C'est bon pour aujourd'hui, encore une demi journée à errer dans la banlieue de Leon...

Nous revenons à l'auberge: il est 15h, nous avons à peine le temps de manger si nous voulons aller voir des combats de coqs! Cela nous changera les idées! Tous les dimanches, des combats (légaux) sont organisés.

Les pauvres bêtes se déchiquètent à coup de bec avec une foule de bonshommes autour buvant des bières... Chacun peut parier sur son champion. Les coqs ont toujours une crête et un ongle tranchant. Pour les coqs de combat, la crête est rasée et un petit gant est posé sur l'ongle car il suffirait d'un bon coup de patte pour trancher la carotide de l'adversaire: pas assez de spectacle. A la place, un petit ongle est tout de même fixé sur le gant, d'une longueur égale pour les deux animaux, sur laquelle les proprios se sont mis d'accord au préalable. Le combat doit être "fair play", la blague!

Un coq vaut entre 100 et 1000 dollars selon le pedigree. Un combat dure au maximum 15 minutes. Si un des deux coqs s'enfuit, pose sa tête au sol en signe de soumission ou d'épuisement, il a perdu... ou si tout simplement il meurt. Les coqs sont naturellement agressifs entre eux, mais les propriétaires les excitent avant. Les coqs s'observent, puis les plumes volent, se couvrent de sang sous les coups de becs.

Nous assistons à de nombreux combats. Le coq est un animal respecté au Nicaragua, cela n'empêche pas un propriétaire mécontent de la contre-performance de son champion de lui assène un coup de pied l'envoyant à l'autre bout de l'arène.

Un bout de culture locale. De quoi faire trembler d'horreur les plus fervents protecteurs des animaux.

Jour 115 - Bomba de gasolina

Nous retournons voir le van. Il n'a pas bougé. Nous voyons les voisins. Ils sont vraiment sympas et nous prêtent leur téléphone pour que l'on appelle Nestor. Celui-ci nous promet de venir à 17h. Les voisins ne veulent toujours pas acheter le van, mais ils proposent d'appeler un ami garagiste. Il arrive et tente de démarrer le van, verdict: "bomba de gasolina", un problème avec la pompe à essence. Ils ont aussi appelé un acheteur potentiel, un papy du coin assez aisé. Il aime bien le van mais la panne et surtout les plaques mexicaines le rebutent. Nos nouveaux amis sont presque aussi déçus que Yann et moi, étant bien décidés à se débarrasser de ce sacré van. Le voisin, qui se dénomme Roger, n'a pas oublié mon message: 10% pour lui. Roger nous propose d'aller voir Mario, un loueur de voitures qui en rachète aussi de temps en temps. Avec sa femme Connie, il sort sa berline du garage et nous emmène le voir.

Mario ne veut pas du van, il a acheté un fourgon récemment et n'a pas envie d'investir d'avantage pour le moment. Par contre, il nous conseille d'aller voir Freddy Piñeda, un gars qui fait son petit business en rachetant des voitures d'occasion de temps en temps. Nous repartons en voiture dans la banlieue de Leon, sur des rues en terre défoncées. Nos guides se perdent un peu et demandent leur route... on en rigole avec eux: si déjà eux se perdent, comment ferions nous tous seuls?!

Nous trouvons finalement la maison de Freddy. Seuls sa femme, dont la tête au teint gris a pauvre allure, et son fils Bryan sont là. Roger leur explique la situation, ils passeront le message à Freddy. Celui-ci a déjà acheté des voitures étrangères et traficote à l'occasion avec le patron de l'auberge (un européen) où nous logeons. Il passera nous voir à l'auberge dans la soirée.

Nous revenons au van afin d'attendre Nestor. 17h passent et nous ne le voyons pas arriver. Après quelques coups de téléphone (merci Connie), il nous dit qu'il se met en route... il arrive à 19h. Une fois là, il n'est pas content, me dit qu'il est venu plus tôt, qu'il n'a pas vu le van... et moi de m'énerver aussi: qu'il ne pouvait pas rater le van, devant le supermarché comme on lui a expliqué au téléphone. Il n'avait qu'à rappeler s'il était perdu, on lui a donné le numéro des voisins!

Il se met ensuite au boulot et commence à démonter le réservoir sous le van. Il fait nuit, Roger a sorti une lampe. Boum, le réservoir se décroche et tombe au sol. Nestor en retire la pompe, la bomba de gasolina... d'après lui, c'est elle qui pose problème...

La pièce doit coûter dans les 90 dollars minimum, plus la main-d’œuvre. Avec Yann, on est pas vraiment chaud pour refaire une réparation... on préfèrerait revendre le van. Il est tard... on verra le lendemain s'il on répare ou pas. Il y a Nouvelle-Zélande/France en finale de la coupe du monde de rugby... et les kiwis raflent la mise!

Jour 114 - Cerro Negro... ou pas

21 octobre. On décide de profiter du van pour se rendre par nos propres moyens au Cerro Negro. C'est le volcan le plus jeune et le plus actif du Nicaragua, plus d'une vingtaine d'éruption depuis sa naissance en 1850. Il est constitué d'une cendre noire, ce qui lui donne son nom (Cerro Negro = colline noire). Nous proposons à Gustavo et Mischa de les emmener.

Une fois sortis de la ville, aucun panneau pour nous indiquer la route. C'est vrai qu'avoir son van, c'est la liberté, mais c'est aussi une reconnaissance du terrain nécessaire! Nous passons la ville de Telica et toujours aucune indication...

Un petit papy est au bord de la route. Je m'arrête à sa hauteur pour lui demander le chemin. Il radote un truc incompréhensible pendant deux minutes. On ne comprend rien, alors je veux repartir... et bim, le moteur cale. C'est le début de la fin.

Pas de panique, je me dis qu'il suffira de changer le fusible. C'est ce que je fais, je tourne la clé de contact mais le moteur tousse et reste aphone. Hum. J'ouvre le capot à nouveau: le nouveau fusible de 30 ampères a déjà grillé. Ouch. Je tente tout de même avec un autre à 25 ampères après quelques minutes, mais il grille aussi. Je suis moins serein.

Il faut trouver un mécano. Nous sommes le long d'une route, à quelques dizaines de la bourgade la plus proche. Heureusement il y a du passage, dont un bus qui daigne s'arrêter. Avec Maïlys, je monte à bord, le chauffeur est sympa et nous indique qu'il y a peut-être un mécano à San Jacinto un peu plus loin sur le bord de la route. Il nous y dépose gratos mais en fait il n'y a pas l'ombre d'un mécano à l'horizon, c'est à peine s'il y a un village. Pendant ce temps là, Yann, Mischa et Gustavo gardent le van.

Nous reprenons un bus dans l'autre sens, et allons jusqu'à Telica. Après avoir questionné la moitié des habitants de la petite ville, nous patientons devant ce qui doit être la maison du mécanicien du coin. Enfin, c'est un électricien/mécanicien... Les enfants s'amusent à voir les deux gringos tourner en rond!

Au bout de presque une heure, celui-ci arrive en scooter. On lui explique la situation. Il hésite, puis décide d'y aller avec son scooter mais il faudra lui passer un peu d'essence parce qu'il est presque à sec! Ok, et nous partons à trois sur le bolide, moi, Maïlys et Nestor notre mécano.

Une fois près du van, il tripatouille les câbles électriques, le fusible, regarde sous le van. Il me dit qu'il a travaillé un an aux USA et connaît donc les Chevrolet. C'est déjà ça. Pendant ce temps là, les autres montent le cheval d'un des paysans du coin, attiré par l'animation du jour: les gringos en panne dans la pampa.

Au bout d'un moment, l'essai est concluant: le van redémarre! Nestor me prévient que si jamais il retombe en panne, il faudra chercher du côté du réservoir d'essence. Oui, merci pour le conseil, mais il vient théoriquement de réparer le van ou pas?! Tant pis, on se posera les questions plus tard, on donne quelques billets à notre sauveur et siphonne quelques litres d'essence de notre réservoir pour le scooter, qui a bien du mal à démarrer. Nestor s'en va et on se dirige sur la piste que les autochtones nous ont indiqué comme l'accès au Cerro Negro. Je m'y engage. C'est une piste caillouteuse et très accidentée... qui met à mal la réparation de Nestor...

Le moteur s'est encore arrêté. On a même pas roulé un kilomètre! Je repars avec Yann chercher Nestor à Telica: retourner à pied à la route, attendre le bus, rejoindre Telica et trouver Nestor dans son hamac... Cette fois, il dit qu'il va devoir démonter le réservoir et il embarque un ami à lui pour la manœuvre. Yann et moi revenons en bus.

Nestor abaisse le réservoir. A priori, on approche de l'origine de la panne, au lieu de s'occuper des symptômes.Le réservoir a du recevoir un choc et il coince un fil électrique, ce qui empêche le moteur de recevoir l'essence en quantité suffisante, et cela expliquerait pourquoi il s'étouffe. Le van redémarre, Nestor s'en va, et nous on abandonne l'idée d'aller au Cerro Negro, la nuit ne va pas tarder. Tant pis, nous n'aurons pas l'occasion de tester le surf sur les poussières noires du volcan. Nous rentrons à Leon. Une fois aux abords de la ville, je me trompe de route et me retrouve dans un sens unique. Je souhaite donc faire demi-tour... mais le moteur cale pendant la manœuvre... troisième panne de la journée! C'est la fin des haricots. On gare le van en poussant et on trouve un téléphone public pour appeler Nestor qui nous a laissé son numéro. Il va venir le lendemain, mais annonce qu'il aura du boulot...


Pendant ce temps là, les voisins ont commencé à parler avec Yann. Il leur explique rapidement nos histoires. J'en profite pour leur dire que nous voulons vendre le van, alors si jamais ils veulent l'acheter, qu'ils fassent une offre! Le père de famille me dit qu'il n'en a pas besoin, mais que le van est beau (oh oui, il est beau!) et que des gars du coin pourraient être intéressés. Je saisis l'occasion et lui réponds que s'il nous trouve un acheteur, nous lui donnerons une récompense, par exemple 10%! Son œil s'éclaire. Nous lui disons que nous reviendrons le lendemain de toute façon. Il nous conseille de demander au gardien du supermarché de jeter un œil sur notre van pendant la nuit, je vais donc le voir et lui donne un petit billet pour ce petit service. Nous retournons ensuite à l'auberge après cette éprouvante journée. Place au Flor de Caña pour se changer les idées!

Jour 113 - Leon


On se réveille avec la lumière du jour. Les employés d'une gargote à côté s'activent. Nous y prenons notre petit déjeuner, face à l'océan. Du gallo pinto: riz et haricots, œuf, fromage et pain grillé! Ensuite, nous longeons la plage à pied. Le ciel est gris malheureusement, mais la plage est énorme. Nous retournons au van et prenons le chemin de Las Peñitas, une autre plage pas loin.

Là, on se pose sur la plage et le soleil tape fort maintenant, même à travers les quelques nuages. Nous mangeons à proximité, 140 cordobas pour 7 crevettes, cela fait cher la crevette. On se sent un peu pigeonné mais bon. Du coup, on profite de notre table pour jouer aux cartes! Un petit bonhomme en haillons en profite pour venir réclamer la fin du pepsi de Maïlys. Il ne parle pas mais émet des petits couinements. Il a l'air bizarre. Il prend le pepsi et dépose une pièce à la place... il fait trois pas et revient récupérer sa pièce! Pas banal comme technique... mais il repart avec le pepsi et la pièce!

Nous partons ensuite pour Leon et on y trouve une auberge sympa. Un petit tour dans la ville nous fait découvrir une boulangerie française. Allez, on se laisse tenter. C'est une hollandaise au service, les viennoiseries sont mauvaises. Il n'y a de français que le nom.

A la tombée de la nuit, on veut déplacer le van pour le garer au plus près de l'auberge. Je me rends compte que la lumière du tableau de bord ne s'allume plus! Décidemment. Bon, rien de bien grave, on trouve une place dans la rue de l'auberge, c'est le plus important. Place à la nuit. Et nous retrouvons encore deux compères à l'auberge: Gustavo le brésilien et Mischa l'allemand.

Jour 112 - Rebelote

Debout à 7h, je repars à la recherche d'un serrurier. Après plusieurs allers-retours sous une forte pluie dans les ruelles de Granada, avec un détour par le marché crasseux, je trouve finalement un serrurier qui pense avoir le bon modèle. Il me fait un double pour 60 cordobas et je reviens à l'auberge. Je fais le test : la clé ne marche pas.

Tant pis, après avoir pris un petit déjeuner, nous décidons de partir tout de même sans double de clé, il nous en reste une quand même. On repasse vite fait chez le serrurier, explique que sa clé ne marche pas et il nous rembourse. En route pour Managua.

Nous passons par le volcan Masaya, un des plus actifs du pays. Depuis l'entrée du parc, un sentier de 6 km entre d'anciennes coulées de lave nous guide jusqu'au cratère. Nous voyons l'intérieur de celui-ci, enfin ce que la fumée très présente veut bien nous laisser voir. Nous ne restons pas très longtemps à cause des émanations de souffre, donnant une odeur d’œufs pourris me rappelant les geysers boliviens.

Un garde nous informe qu'il y a un autre cratère à aller voir, à quelques minutes à pied. Nous y allons, traversant un paysage désolé de terre brûlée.

Au bord de ce nouveau cratère, nous croisons un autre garde. Il se doit s'ennuyer un peu à faire ses rondes tout seul sous le crachin nicaraguayen, avec peu de touristes à rencontrer. Il taxe une cigarette à Maïlys, puis nous explique que les pluies acides perturbent la végétation locale. Les feuilles des rares arbustes sont rouges.

La végétation a tout de même pris possession de ce cratère qui est éteint aujourd'hui. A l'origine, il y avait un énorme volcan s'étalant sur 54 km², qui après une éruption a dû s'effondrer. Il en reste surtout les balafres du paysage et le cratère encore actif. Un petit musée explique l'histoire du site à l'entrée du parc, ainsi que des descriptions des types de volcans à travers le monde. Petite visite sympathique.

Nous repartons en direction de Managua, la capitale du pays. Nous ne souhaitons pas visiter cette ville, puisqu'il paraît qu'elle n'offre aucun intérêt. Nous faisons tout de même une pause dans un fameux fast-food aux abords de la ville.

Notre objectif du jour est d'atteindre Leon, une autre ville coloniale au Nord du pays. Le problème est qu'il n'y a aucun panneau pour indiquer la bonne direction. On commence à tourner en rond alors on demande à un autochtone sur le bord de la route. Il nous demande si on veut la carretera vieja ou nova (la vieille ou la nouvelle route). Peut importe pensons-nous ! Quitte à choisir, on lui demande la nouvelle. On ne comprend pas bien ses explications pas claires et à rallonge... il nous parle plusieurs fois d'aller jusqu'au "top"... on comprendra quelques jours plus tard qu'il voulait dire le "stop".

Nous le remercions et tentons notre chance avec les bribes d'infos que nous avons capté. Surtout Maïlys qui est celle qui se débrouille le mieux en espagnol. Nous tombons finalement sur la route pour Leon, elle est correcte mais sans plus, on ne sait même pas si c'est la nouvelle ou l'ancienne!

La route, correcte au début, devient de plus en plus abimée au fur et à mesure des kilomètres. Les nids-de-poule, plus nombreux, sont aussi plus gros : nous sommes donc sur l'ancienne route (enfin j'espère !). Pour parfaire le tableau, la fine pluie est devenue battante, et le soleil se fait la malle.

Je fais maintenant du slalom entre les trous dans la route (on ne peut plus parler de nids-de-poule à ce niveau là). De temps en temps: "bam", le choc, j'en rate un, et je suis content de conduire un gros van costaud. La route s'alterne entre la campagne et des petits villages isolés. La pluie a transformé la route en champ de boue, et je ne dépasse plus les 30 km/h. Je n'ai pas vraiment la notion du temps, mais nous n'avons parcouru que quelques dizaines de kilomètres (40?) en 1h30 après avoir laissé Managua... et là...

Stupeur. La route est barrée. On dirait qu'il y a moyen de contourner par le côté... mais cela semble précaire vu la boue. Au bout de nos phares, je réalise qu'il y a des ouvriers, il est environ 18h, ils quittent leur chantier. L'un deux passe près du van, je l'interpelle : il me dit qu'il n'y a plus de pont, qu'il est tombé pendant une crue, qu'il n'est pas possible de passer par là... et que pour aller à Leon, il faut reprendre l'autre route à... Managua !

La poisse. La mort dans l'âme, j'entame le demi-tour jusqu'à la capitale. On s'arrête demander dans une des quelques échoppes bordant la route. Il paraît qu'il y une route à 4km qui permettrait de retrouver la nouvelle route sans retourner jusqu'à Managua, mais les indications sont toujours aussi vagues. Nous redemandons une autre fois, cette fois-ci la route serait à plus de 10 km... tant pis, nous nous résignons à rejoindre Managua.

Et c'est parti pour re-slalomer. Il pleut toujours à seau. Je passe carrément sur la gauche de la route (si on peut appeler cela une route) pour éviter un énorme trou, mais je m'en prends un autre: "bam". Et là, le van s'arrête. Il a calé. Aïe. Je tente de redémarrer. En vain. Une légère odeur de cramé se fait sentir. Nous sommes officiellement en rade. Quelques véhicules passent et nous engueulent "t'es garé sur la route!". Et tu crois que cela me fait plaisir ?!?

La première chose à faire est de dégager de la route. Yann et Maïlys descendent pour pousser. Je fais de même, plaf, pieds dans une flaque, et nous poussons le van sur le côté. Nous sommes devant un garage ! Yann et Maïlys vont voir, mais il est fermé. Cela pourra toujours aider si on doit passer la nuit là... mais je n'ai aucune envie de passer la nuit là !

Je me rappelle la réparation de la veille. En fait, la cause de la panne n'a pas été réparée... mais je me souviens du fusible. Par chance, Sylvain m'avait dit qu'il nous laissait quelques fusibles pour les phares, "au cas où". Je les retrouve. J'ouvre le capot du moteur par l'intérieur (le moteur est accessible depuis l'habitacle dans les van Chevrolet...). J'accède à la bobine et retire le fusible installé la veille. Effectivement, il a grillé. J'en trouve un autre et le place. Je rappelle mes deux acolytes pour qu'ils rentrent dans le van : si cela démarre, je ne m'arrête plus avant Leon de peur que le van recale !

Une fois tous les 3 à bords, je demande à tout le monde de croiser les doigts. Je tourne la clé... et cela redémarre ! YEEEAAAAAH ! Cap sur Managua.

Une fois revenus sur nos pas, on demande une nouvelle fois notre chemin, à une station service ce coup là. 4ème feu à gauche, ok, nous voilà sur la nouvelle route pour Leon. On peut souffler un peu, la route est bien asphaltée, rien à voir avec le bouillon de l'autre. Je trace jusqu'à Leon, on décide d'aller dans une petite ville non loin, Poneloya, sur la côte Pacifique.

Nous trouvons un petit coin calme pour garer le van. J'ai conduis toute la journée, stress et fatigue tout au long de cette épopée qui n'en finissait plus. La nuit de sommeil est bien méritée, nous allons dormir dans le van.

Jour 111 - Les pigeons voyageurs à Granada

A 8h, j'attends Armario qui arrive avec l'électricien. Celui-ci fait quelques tests, regarde les fusibles et essaie de démarrer : grosse fumée et odeur de brûlé à nouveau. Hum. Il désigne la bobine de démarrage, c'est elle qui a cramé. Je lui demande des explications : cette bobine sert à envoyer du courant au moteur notamment pour démarrer. Pour une raison inconnue, elle devait envoyer trop de courant et cela a dû grillé. Bilan : il faut la changer.

Les mécanos repartent se renseigner au garage puis rappellent : la pièce n'est pas disponible à Granada, mais à la capitale Managua... pour 4500 cordobas, la monnaie locale. Le gars peut aller la chercher en scooter... il faut donc ajouter 600 cordobas pour le déplacement et la main d'oeuvre. Je négocie le tout pour 5000 cordobas : cela fait tout de même plus de 220 dollars. Cela fait un peu mal... non, cela fait vraiment mal, quand on pense que le van nous en a coûté que 500.

Je pars au plus vite sous la pluie au distributeur le plus proche afin de retirer une énorme liasse de billets, et revient avec 4500 cordobas pour le mécano qui part pour Managua en scooter à 45 kilomètres.

Pendant ce temps, nous partons nous promener dans la ville alors que la pluie s'est arrêtée. Des gamins jouent au basket ou au base-ball. Un petit tour par un cyber-café, nous tentons de poster des annonces de vente sur les sites Internet mexicains, afin de trouver un repreneur pour le van : j'ai déjà hâte d'y être ! Je commence à me dire qu'il faudrait rouler jusqu'au Mexique sans s'arrêter pour vendre ce van au plus vite...

On retourne à l'auberge. Armario est déjà là, il me montre la bobine B-6, pour 6 cylindres. Il en a trouvé une pour 3600 cordobas, au lieu de 4500. C'est toujours ça. L'électricien arrive peu après (je ne sais plus son nom!). Il installe la bobine. Un coup de démarreur et... le moteur démarre ! Ouf. J'en profite pour demander à Armario de régler le ralenti du moteur qui cale trop facilement. Pendant ce temps, l'électricien m'explique qu'il a installé un fusible entre la nouvelle bobine et le moteur, comme cela, s'il y a encore une surtension, le fusible sautera et non la bobine. Bonne idée pensais-je ! Merci ! Je me dis quand même que, normalement, il n'y a pas de raison qu'il y ait une nouvelle panne... m'enfin.

Il me demande jusqu'où on va avec ce van. Je lui décris le voyage jusqu'au Mexique puis les USA. Il me répond qu'il a déjà été au Mexique... "pour les vacances?" dis-je bêtement... non, il voulait passer aux USA clandestinement. Cela a été très dur, il ne le referai jamais, il a passé 3 jours sans rien manger, sans se laver. Tout ça pour se faire attraper à Mexico et se faire renvoyer à la maison.

Je les remercie puis pars à la recherche d'un serrurier pour faire un double de la clé. Mais je ne trouve rien. La nuit tombe, je rentre à l'auberge. Yann fait un ping pong avec Maïlys et... Gustavo ! Notre ami brésilien vient d'arriver dans la même auberge que nous. L'histoire se répète.